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La tortue à plumes

celui-ci est gris

15 Février 2021 , Rédigé par la tortue à plumes Publié dans #2021, #PO & ZIE, #humeur de tortue

Un grand jardin, 
dans la continuité un bois,
un homme promène son chien
un grand chien noir
au poil soyeux
il s’approche 
se laisse caresser
puis il repart.
 
"il va falloir clôturer le terrain 
se dit-elle" 
le soleil brille et la réchauffe 
 
ils ont quitté Paris pour retourner 
dans leur province familiale
c’était devenu invivable 
la population 
les violences 
la pandémie 
le masque
le couvre-feu 
 
ils
qui ils ?
elle et sa mère 
Pourquoi cet attelage improbable ?
pourquoi sa mère, partie il y a une quinzaine d'années ?
 
Elle remonte les allées, 
petits pois, haricots, tomates dressés 
comme des soldats sur leurs tuteurs 
 
un grand meuble se dessine
bois foncé 
du noyer qui sait 
ils sont légion, 
Ici c'est le Poitou
 
Nombreux tiroirs aux petits boutons ronds 
tous consciencieusement fermés 
un autre jour se dit-il elle je les ouvrirai
ce n'est pas urgent, il n'y a certainement que des graines
des gants et de petits outils
mais comme je suis curieuse
bientôt je saurai !
 
la maison est de l'autre côté de la route
façon de parler, 
une vicinale qui mène au hameau voisin vers sa gauche
et à droite vers le village
situé sur une petite colline,
les rues sont en pente
le boulanger fait du bon pain
et le gâteau de pâques
elle en mangerait tous les jours
 
les gens sont quand même masqués
elle croise la maison de ses grands-parents
entourée de roses trémières
la fontaine est toujours là
elle allait chercher l'eau fraîche 
pour le repas lorsqu'elle était petite fille
la pompe était lourde pour ses bras frêles
 
elle rejoint la maison
la maison ou les maisons ?
il lui semblait que c'était un nouveau lotissement
et qu'il y avait un petit immeuble grisounet 
aux petites ouvertures ridicules.
 
il n'y a rien pour le moment
que sa maison,
leur maison ?
entourée sur trois côtés de champs
 
en y pénétrant, elle ne voit ni séjour, ni cuisine,
elle se retrouve dans une sorte de labyrinthe
avec des recoins, 
décidément les promoteurs et architectes
n'habitent pas ce qu'ils construisent
se dit-elle !
des chambres dans le prolongement l'une de l'autre,
dans une elle croise son fils qui la regarde,
sans un mot, elle continue...
bonjour l'intimité,
c'est moche
c'est triste
 
ils ont brûlé tous les meubles avant de déménager,
même la belle chambre à coucher de sa mère, réalisée dans les
années quarante par un artisan ébéniste du Faubourg Saint-Antoine à Paris,
façade palissandre,
de la belle armoire toute en rondeur et en délicatesse
ils n'ont gardé qu'une porte miroir et les tiroirs
quelle drôle d'idée
maintenant elle regrette
trop tard
 
elle continue dans ce labyrinthe aveugle
pas une fenêtre, mais c'est quoi ce délire !
et puis soudain, la dernière pièce
 
elle rentre
sa mère est dans le lit
une tristesse cette pièce
une cellule monacale
peut-être une volonté de sa mère
qui s'était posée la question
de devenir religieuse ?
 
une chaise, une petite armoire
on se croirait chez Van Gogh à Auvers !
pas un tableau au mur
trois murs avec des fenêtres,
les deux plus grandes se trouvent
à la tête du lit mais condamnées
Pourquoi ? pas le temps de chercher la réponse.
 
sur le mur en face une fenêtre, plus petite,
occultée aux trois quarts par un rideau ; 
d'un coup sec elle tire le rideau
encore un peu, les larmes lui monteraient aux yeux,
à perte de vue des champs, du soleil,
de la lumière à perte de vue,
tout près un éleveur en combinaison bleue
nous regarde,
plein d'enfants et des canetons
prêts au gavage
ah ! elle n'y croit pas.
 
une troisième fenêtre ouverte
d'autres canards et des jeunes qui courent 
c'est beau, c'est la vie, la liberté
elle ne regrette pas d'être partie
de la grisaille parisienne
 
sa mère est toujours dans son lit
elles n'ont rien à se dire
son regard revient vers l'autre fenêtre
dans un tissage imitation neige
qui à Noël sert pour les décorations
 
elle le voit un petit oiseau
ça devrait être un canard ! ?
celui-ci est gris 
c'est  un pigeon
un oisillon qui fait ses premiers pas
sur le rebord de la fenêtre
surveillé du coin de l'oeil par sa mère
qui couve un dernier oeuf.
à sa vue elle s'affole
veut récupérer le petit qui sautille sur place,
Et puis plus rien…
elle ne saura jamais la fin...
 
elle vient de se réveiller, le rêve est terminé, elle est dans son lit en région parisienne, 
de l’autre côté de la fenêtre le soleil est enfin revenu,
elle va pouvoir se lever et ressasser ce curieux rêve toute la journée !
et s’il était prémonitoire d’une nouvelle vie plus apaisée
plus aérée 
plus campagnarde
 
comme disait Alphonse Allais :
"les villes devraient être construites à la campagne, l'air y est tellement plus pur"
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couverture : tableau d'August Macke  peintre allemand 
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