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Publié par la tortue à plumes

Il y avait la boîte à lettres
il y avait la boîte à couture
il y avait la boîte à secrets
il y avait la boîte à pilules
et puis un jour est arrivée,
un peu comme une intruse
la boîte à livres.
 
D'abord timide, un peu cachée
prenant l'eau les jours de pluie
et puis de plus en plus visible
de plus en plus remplie.
 
Moi qui n'aime que mes livres neufs,
vierges de toute trace de doigt
ou de postillons malencontreux,
sans jamais les prêter,
 
pour la boîte à livres j'avoue
me laisser aller à toucher les livres
et à y prendre un certain plaisir, 
en me demandant à qui était ce livre
était-ce un homme ou une femme
jeune ou vieux
enfin toutes ces questions
un peu superficielles
mais qui leur donne une vie propre.
Regarder les traces éventuelles de mots 
ou lignes surlignées ou souslignées,
les pages cornées
les pages déchirées
les pages arrachées.
 
Quel plaisir, comme une chasse au trésor, 
de partir à leur recherche, dans les dédales des rues, des parcs,
devant une gare ou une mairie.
S'extasier devant toutes ces formes plus ou moins de qualité…
mais toujours le plaisir d'ouvrir la porte.
La plus extravagante a été celle installée dans une ancienne cabine téléphonique.
Et si quelqu'un avait l'idée de faire une étude sociologique à leur sujet ?
 
Prendre une ville, l'arpenter et faire un relevé exhaustif de ces boîtes ?
Puis, leur inventer une histoire… 
 
La plus proche de chez moi est une simple boîte
style petite maison en bois et en couleurs
avec une petite porte vitrée à carreaux
il ne manque plus que les petits  rideaux.
Je lui fais un reproche, placée très bas
et il m'est difficile de me pencher trop longtemps.
 
Sauf si je reviens de faire des achats "frais"
comme les surgelés chez Picard de l'autre côté de la rue,
Je m'arrête toujours à la recherche d'un petit trésor.
En choisir un, rarement deux et
refermer la porte sans oublier le gel sur les deux mains.
 
Elles sont rares les petites pétites, 
pourtant un jour, dans une autre boîte à livres, 
j'ai trouvé "cellule 2455 de Caryl Chessman" (éditions Presse de la Cité - 1954)
un exemplaire en très mauvais état
la couverture aux trois-quart décollée, surtout recollée grossièrement avec de l'adhésif,
aux teintes délavées qui comme par mimétisme
correspondait fort bien au titre de l'ouvrage et aux pages jaunies.
L'ouvrage aurait du sentir le temps, l'humidité, le vieillissement du papier,
étonnamment, rien pas une seule odeur agréable ou désagréable.
Etrange ! 
 
Pas très rassurée par les miasmes pouvant encore y survivre
je l'ai, de suite, mis dans un sac plastique,
celui dans lequel on met les fruits ou les légumes
et qui est bien utile lorsque le parapluie est trempé, par exemple.
Je ne sais pas encore si je lirai ce livre, peut-être l'ai-je déjà lu ?
seule ma mémoire le sait,
sauf qu'elle a décidé de ne pas vouloir me répondre !
Sacré neurones qui n'en font qu'à leur tête.
 
Les prisons américaines m'ont toujours fasciné. 
A San Francisco, en tête de ma liste, il y avait le G.G.B., Lombard street, la maison bleue, les Painted Ladies, Castro et Alcatraz. Mais aussi l'incontournable "28 Barbara Lane" des Chroniques de San Francisco. Une interview d'Armistead Maupin, au pied de l'escalier, m'ayant ensorcelée.
 
Plusieurs de mes pépites,  que je n'aurais jamais achetées,  comme un livre de Mazarine Pingeot, dont j'ai vite fait d'oublier le titre ! et puis…
il y eut celui-ci, je crois mon préféré. J'avais eu envie de le lire, et puis un jour poussant un autre, d'autres titres sont venus remplir ma bibliothèque et je l'avais oublié.
Mais c'est quoi ?
j'arrive !
Je pense que tout le monde l'avait lu sauf moi : 
La papeterie Tsubaki de Ito Ogawa, un récit japonais qui date d'une dizaine d'années.
C'est un bijou de mots qui t'emporte au Japon et où ta lecture prend un ton particulier,
entre légèreté et curiosité. Chaque page  ressemble à un gâteau à la crème que tu dégusterais avec lenteur pour découvrir et savourer les multiples saveurs qui en émanent. Une sorte d'umami littéraire en quelque sorte.
Saviez-vous que les boîtes à livres avaient été créées en 1990 en Autriche ?
Alors merci pour cette généreuse initiative.
 
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