écrire ou ne pas écrire ?
La question a-t-elle un sens ?
Ecrire c'est respirer
se mouvoir dans l'espace
c'est se retrouver face à soi
dans une extrême nudité
pudique ou impudique
c'est selon
en toute discrétion
au rythme des sens,
au rythme des émotions
au rythme de son coeur,
dans le calme d'un bureau
d'une chambre
ou sur un coin de table
stylo ou crayon en main,
ordinateur au bout des doigts
voire taper sur la vieille Remington
qui n'en peut plus de tant de secrets
accumulés au fil des années.
Ici ou ailleurs…
Ici et maintenant...
dans un train, courant après les paysages
qui s' échappent,
dans un avion,
au-delà des nuages cotonneux
en pensant aux étoiles
et à ceux qui sont déjà au Ciel.
Ecrire est une exploration
écrire est une libération
écrire est un cri
écrire est un instinct de survie.
Le jour où je n'écrirai plus
où les mots m'échapperont
remplacés par les maux
ce jour-là je rendrai les armes
et la vie me quittera.
Y-aura-t-il de quoi écrire dans ce nouveau monde
qui j'espère m'accueillera avec bienveillance ?
Mes mots, ici bas, sont tendresse, amour, mélancolie,
ils se veulent comme un partage avec les autres.
Ils se veulent doux et moelleux, piquants parfois
ils parlent de tout, de rien,
du monde, de l'ego, de l'autre,
de toi, et de toi mes deux uniques amours.
Ils parlent du temps,
et des couleurs du temps,
des saisons, d'hier, d'aujourd'hui, de demain.
ils racontent mes joies, mes chagrins,
mes espoirs, mes tristesses,
sans fard et sans tabou.
Ils sont moi aussi transparents sur le papier que dans ma vie,
ils sont choisis, un mot est un mot, un synonyme est un autre mot.
L'imagination, quand elle me visite
m'emporte dans mes univers éclectiques,
ceux de l'espace, de la mer,
de la nature, des êtres aimés,
vers une simple campagne au vert dominant
vers mes fantasmes et mes rêves
vers mes îles chéries volcaniques à la rudesse affolante
vers l'Italie où nous nous sommes reconnus
vers Venise qui n'est pas en Italie :
où le temps s'est arrêté
où tout est figé et pourtant en mouvement perpétuel
où il suffit d'une vaguelette qui clapote pour être bouleversée
et sentir les larmes se répandre sur mes joues rougies par le vent.
La vie est longue,
j'ai eu plusieurs vies déjà,
ces années pendant lesquelles je t'écrivais, toi si loin de moi,
une feuille blanche, un stylo, une enveloppe et un timbre.
Pas de SMS, ni de mail, que le courrier et les télégrammes.
Après, durant de longues années je n'ai plus su écrire
la maternité, le travail comme obstacles.
Certes j'écrivais sur de grands cahiers,
il était question de grammes de lait dans un biberon
du premier petit pot de compote
de ton poids : 2K900, une petite crevette
puis 2K450 plus rien n'allait…
j'écrivais pour cacher mon angoisse,
parce que je ne savais pas faire autrement,
je n'avais pas appris à être maman.
Ca ne s'apprend pas, surtout pas dans les livres
Un jour tu étais déjà grand
j'ai posé le stylo
j'ai essayé de t'apprendre à écrire, des lettres d'abord puis des mots
j'avais un rêve…
non, tu n'es pas écrivain,
mais tu écris bien
sans faute, avec des mots justes
c'est déjà beaucoup.
Aujourd'hui j'ai le temps, ou mieux je le prends.
Pas un jour, sans que ma tête m'abreuve de mots à écrire
alors tout arrêter lorsque les mots jaillissent
la préparation du déjeuner
le papotage avec une amie
pour me jeter sur mon ordinateur
et y déposer ce flot insensé qui se bouscule jusqu'au bout de mes doigts,
parfois accompagnée d'une musique ensorcelante dans mes oreilles,
qui font couler les mots sur le papier, comme des ellipses ininterrompues.
Puis épuisée, je mets mon clavier au repos,
je relis
j'aime ou je n'aime pas.
c'est très rare de ne pas aimer ses enfants
ça peut arriver
de tout effacer, de se détester
voire de se maudire !
Alors, faire un café bien chaud
ou une tasse de thé rassérénante
jusqu'au retour tant espéré
d'une inspiration plus vraie
plus construite, plus belle.
Je vous dis au revoir, tellement heureuse
d'avoir pu écrire,
encore aujourd'hui une nouvelle aventure
poser des mots en me mettant
à nu rien que pour vous.
Ecrire ?
Cette source intarissable de jouvence
qui m'habite le jour
et… j'avoue parfois la nuit
quand le besoin est encore plus grand
que celui de la faim de nourritures terrestres,
Ecrire est une nécessité vitale tout simplement
il n'y a rien d'autre à ajouter.
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