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Publié par la tortue à plumes

 
Première consultation dans une grande fondation médicale parisienne. 
La corvée des papiers est terminée. Même si j'avais, en amont, préparé mon dossier consciencieusement, il fallait bien qu'il y ait un détail qui cloche. 
Mon troisième prénom qui figure sur le livret de famille de mes parents et logiquement sur mes papiers d'identité, n'avait pas été mentionné sur un des documents. Diantre, j'ai failli ne pas pouvoir me faire ausculter.
Je suis un peu nerveuse car le médecin doit déterminer si la cataracte est assez mûre pour pratiquer une opération ou non.
 
Me voici dans la salle d’attente, il y a deux ou trois personnes déjà installées.
Pourvu que l'attente soit brève car l'attente est une de mes phobies, ce qui explique que je sois souvent en retard, pour ne pas avoir à subir cette situation insupportable de l'attente qui me met en transe et qui déclenche en moi, tout un tas de mécanismes de défenses improbables. La sueur, les intestins, les battements de mon coeur se liguent pour me mettre mal à l'aise jusqu'à l'annonce de mon nom.
L’endroit est une sorte de couloir vitré d'où l'on voit les patients qui vont et viennent dans le couloir principal en suivant les bandes bleues, vertes ou jaunes au sol pour rejoindre les zones B2, C3 ou je ne sais quoi. 
J'ai envie de dire "touché coulé" ! Si tout va bien :  ils sourient, si ce n'est pas terrible, les mines sont plus grises. Ici on soigne la vue, ce sens tellement important pour chacun d'entre nous.
 
Je m'assois sur un des bancs en bois inconfortables, alignés en rang d’oignon le long de deux murs aux couleurs « in-hospitalières »
Combien de temps vais-je attendre ?
Plusieurs médecins et plusieurs patients…
 
Je sors le livre, que j'ai choisi pour m'accompagner, de mon sac,
je devrais avoir le temps de lire un ou deux chapitres.
 
Ce n'est pas un roman, plutôt des fragments sur le temps.
Un style à la Christian Bobin ou Philippe Delerm
des textes courts, un sujet unique décortiqué
et qui reçoivent dans la majorité des cas mon approbation.
C'est aussi mon style d'écriture. Des fragments pour raconter des histoires concises mais complètes, et parfois complexes et absconses pour certaines. Le temps long de l'écriture m'ennuie. Arriver à cent pages serait un exploit, que je ne réussirai jamais, car l'idée ne me viendrait même pas de m'atteler à cette tâche !
Il faut de la mémoire et de la suite dans les idées, ni l'un ni l'autre ne font partie de mon patrimoine.
Le haïku que j'affectionne, me prive quand même de développer mes idées, de les porter au bout de leurs histoires respectives.
Le drabble me conviendrait assez bien. Cent mots et l'histoire est achevée. Oui, mais il faut compter les mots et donc se plier à une contraire, et comme je n'aime pas être en avance, attendre, l'idée de compter les mots me déplait tout autant.
Moi, j'aime la liberté de ma plume ou de mon stylo, ou plus souvent, de mes doigts sur mon clavier qui posent les mots qui arrivent de mon cerveau en une vague impétueuse et que je ne peux arrêter tant que tout n'est pas écrit. Mes histoires s'installent, tournent comme une ellipse jusqu'aux derniers mots. Alors, je peux poser la plume ou reposer mes doigts. Il ne me reste plus qu'à relire et corriger les incongruités que la rapidité de l'exercice ne m'ont pas permis de gérer en temps réel.
Voilà, le texte est terminé, je lui trouve un titre, s'il n'était pas déjà décidé avant de commencer l'écriture et de le laisser vivre sa vie, soit sur mon blog, soit pour un envoi à un concours, soit pour une publication dans des ouvrages collectifs.
Il faudrait que je prenne le temps, (encore lui) d'organiser tous ces textes, encore un peu et je pourrai dire mes mille textes…
 
Je suis toujours dans ma salle d'attente.
Ici pas d'odeur d'hôpital, ce ne sont que des consultations.
Enfin, j'ouvre mon livre, choisi pour la circonstance, qui parle du temps, de la patience et de l'attente, ce temps qui m'obstine tant et cette patience qui m'ignore !
Au hasard, je tombe sur la page 67
Il s'agit de :  "je n'ai plus le temps d'attendre" de Jean-Louis Fournier 
le chapitre  : "les salles d'attente"  (fameuse coïncidence !)
 
je commence la lecture, sur mon visage on peut lire un sourire amusé.
Le chapitre ne fait qu'une page et demie, j'ai le temps de tout lire et un peu de relire pour m'en imprégner, puis un interne m'appelle, ce n'est pas le nom que j'avais choisi, qu'importe je le suis, j'en ai assez d'attendre. Examens des yeux, questionnaire, un autre examen, j'attends dans une salle d'attente. Le résultat arrive, je retourne retrouver l'interne, charmant au demeurant. Bilan : trop tôt pour opérer.
Je vais donc devoir encore attendre. Les yeux embués, brouillés par les gouttes, je sors de l'hôpital, et nonchalamment, je me dirige vers un bus que je prends au hasard… à cause de ma vue trouble ! il est temps pour moi de rentrer chez moi.
 
 
salle d'attente, coïncidence improbable
P67 et 68 Le Livre de Poche

P67 et 68 Le Livre de Poche

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