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La tortue à plumes

sur le banc

10 Octobre 2011 , Rédigé par fuzzybabeth Publié dans #ATELIER ECRITURE Colombes

 

IMG 2273

Quelques mètres nous séparaient.

Dehors, le soleil brillait et nous étourdissait. À l’intérieur, la climatisation nous permettait un peu de repos. Dans une indifférence générale, chaque consommateur était scotché derrière son laptop. Nous étions les seuls touristes.

Nous avions pris le ferry pour traverser la baie et retourner sur le lieu de son long séjour californien. Nous étions heureux, nous arpentions les rues, admirions les écureuils qui se cachaient au moindre bruit.

De l’autre côté de la rue, un coffee shop, même enseigne qu’en France. L’un et l’autre nous aimons nous y retrouver, ensemble ou séparément. Moi, un cappuccino, lui un caffè latte.

En arrivant, je le vis, assis sur le banc, face à la porte.

Quel âge avait-il ? La barbe longue, blanche, fournie et plutôt en bataille. Donc pas très jeune. Peut-être pas. Impossible de le savoir le blanc peut arriver très tôt dans la vie.

Pas obèse non plus, mais très en chair malgré tout, comme tant d’autres Américains.

À lui seul il occupait tout le banc bleu, sans doute, adossé à une petite haie très verdoyante qui séparait l’esplanade du parking du coffee shop.

SDF ? difficile à dire. Son vélo était appuyé sur le banc et était envahi de tout ce qui devait être sa vie. Un énorme duvet marron bien plié occupant la moitié du banc.

Il ne demandait rien à personne. Une main en l’air comme dans un salut, l’autre posée sur sa cuisse droite, dans un signe d’abandon, le visage caché sous une encombrante casquette, il semblait observer les allées et venues des clients. On sentait poindre un léger signe d'indifférence voire de dédain.  J’oubliais, posé sur le banc, il avait lui aussi un grand gobelet blanc et vert  rempli certainement de ce café ni bon, ni mauvais  qui réchauffe le cœur pendant quelques minutes. Discrètement, mais très indécemment, je sortis mon Smartphone et le pris en photo. J’ose penser qu’il était heureux. Je le surnommai l’homme du banc. Quoi qu’il en soit, et sans savoir pourquoi, il m’aura touché. Mieux, s’il ne devait rester qu’un seul visage de ma grande aventure californienne, ce serait le sien qui resterait gravé dans ma mémoire.

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