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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

la cruche

Publié le 3 Juillet 2013 par la tortue à plumes in pastilles de vie

Encore un hasard ? Mais est-ce vraiment un hasard ?

Encore un objet, oui encore un objet.

Les objets ont des vies,

Les objets me parlent,

Les objets…

Quelle cruche !

Sauvée des déménagements,

Sauvée du feu,

Sauvée des poubelles

Sauvée de quoi ?

Ni belle, ni laide, ni, rien de spécial

Une cruche en grès

Elle était chez maman ?

Rescapée des naufrages

Rescapée

Pourquoi elle ?

Au fond du sous-sol, posée là parmi d'autres objets

Dans un bric-à-brac ininterprétable

Dans un bric-à-brac de souvenirs

Comme çà

Un jour…

Un jour, vider un peu l'espace, rendre de l'espace à l'espace

Regrouper un ensemble hétéroclite pour donner

À d'autres qui ont tout perdu,

Ou qui n'ont jamais rien eu

Ou si peu

De l'utile, de l'agréable,

Du superflu qui fait du bien à l'âme et au cœur

Modestement, faire un geste dans l'espoir de voir un sourire

Poindre au coin d'un regard fatigué.

Les sacs s'empilent dans le coffre

Puis dans la voiture, un inventaire à la Prévert

Vaisselle, draps, vêtements, chaussures

Enfin… des sacs remplis à ras bord

Au-dessus, ma main, sans réfléchir, y glisse une cruche

Excellent état, pas une fêlure, pas une ébréchure

Comme dans les annonces

Une cruche prête à recevoir de l'eau fraiche et désaltérante

De l'eau de vie

De l'eau du robinet

De l'alcool, pas d'alcool

Du vin, un joli pichet de vin

La voiture est vidée, les sacs déposés…

Pourquoi au dernier moment retirer la cruche ?

La remettre, sans ménagement, dans le coffre,

Et repartir.

Je l'entends… à chaque virage, à chaque freinage elle crie son mal

Elle traverse le coffre vide, seule dans le noir en compagnie d'un grand parapluie et de sacs vides.

Un jour, je ne l'entends plus.

Terrée au fond du coffre, elle a trouvé un coin où se reposer.

Je la regarde bizarrement, comme si elle voulait me parler. Sans plus !

Indifférence apparente.

Préparer le voyage, vers là-bas, vers l'Alsace, vers… ceci est une autre histoire.

Vider le coffre, nettoyer la voiture,

La cruche apeurée se laisse attraper par l'anse

Elle est encore une fois, bourlinguée, malmenée,

Jetée dans un sac avec de vieux sopalins, de vieux mouchoirs, destinés à la poubelle

Elle craint le pire

Elle n'a rien fait pourtant

Non, elle se retrouve dans le panier du chien, le panier de voyage

Le chien ne vient pas, pas besoin de son panier

Indifférence totale de la famille, qui passe sans la voir, sans même soupçonner sa présence tranquille

Elle se dit que… ou peut-être rien, encore que…

il n'y a pas de hasard !

Voyage en Alsace, visites, les cigognes sont revenues, les monuments, la route des vins, Ribeauvillé, Riquewihr, et surtout la Vallée de la Bruche et le Champ du Feu pour d'autres raisons. Trop tôt. Repérages.

Strasbourg, retrouvailles avec une amie. Les Sophie font connaissance.

Choucroute, promenades, découvertes de la vieille ville, les canards et les cygnes croisent notre chemin.

Acheter du pain d'épices tellement bon !

Tortue ? Pas encore cédé, il s'en est fallu de peu quelques minutes avant ! impossible de revenir sans au moins une tortue !

Le magnet de la vache vosgienne, superbe race, et la cigogne en peluche, ma nouvelle mascotte qui s'appelle… Sara ! tiens un indice, ne sont toujours pas des tortues.

Une boutique : des tortues. Je rentre. Je craque. J'écris, c'est compliqué les noms en Alsace ! sous la dictée de Sophie :

"grès de Betschdorf". Je choisis une petite tortue à dominante bleue et verte, à l'œil malin.

Petit à petit, les choses se mettent en place, dans mon cerveau fatigué

En arrivant à l'hôtel, j'avais été frappée par une jolie présentation d'imposants objets à dominante grise et bleue. Des grands pots avec un petit décor bleu.

Je trouvais cela charmant. Sans aller plus loin.

Deux jours plus tard, je ferai quand même une photo.

La vie se passe, les visites s'enchainent, tout va bien. Le soleil nous rend visite, malgré la pluie matinale qui nous plombe le moral provisoirement ! 1100 mètres dans les Vosges… la pluie s'y plait, s'y complait.

Le retour. Un doute, et si ma cruche était alsacienne ! ce serait une coïncidence énorme.

À peine rentrée, aller la récupérer, l'examiner, vérifier si…

Il n'y a plus de doute !

La cruche a fait un nid à la cigogne qui de son œil pétillant de peluche insignifiante semble aimer sa nouvelle situation.

Sara la cigogne et la cruche retrouvée

Il n'y a pas de hasard

Ces deux là étaient faites pour se rencontrer.

Et puis, personnellement, j'y vois deux symboles très forts dont je vais avoir un énorme besoin pour porter à son terme…

Mais ceci est une autre histoire.

la cruche
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