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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

TOTEMS

Publié le 13 Mars 2012 par la tortue à plumes in pastilles de vie

P1030382.JPG

 

Qu'en dirait un critique ?

Il m'inciterait (m'exhorterait) à lâcher pastels et aquarelle pour aller faire du macramé.

C'est très bien. Je ne demande pas l'avis des critiques. Je m'en contrefous.

 

Une évidence ; cette réalisation a produit un effet "choc" en moi au-delà de tout puisque je n'attendais rien de particulier.

Ce qui m'émerveille c'est que je m'étais lancé un défi.

Assister à un atelier "couleur". Et que je l'ai réalisé : mon deuxième vœu 2012.

 

Le premier était plus cohérent : écrire des paroles de chansons. Pari tenu.

RV, le 12 mai. Spectacle à l'auditorium du conservatoire… avec mes copines de projet.

 

Qu'est-ce que la couleur ? Pourquoi la couleur ? Comment ? etc.

L'effort n'avait pas été de prendre la décision. Mais de me lever tôt, plus tôt, que d'habitude pour prendre le train et le métro et me propulser, coïncidence troublante, tout près du cimetière du Père-Lachaise. Lieu plein de couleurs au rythme des saisons. Aux tombes immaculées de marbre ou abandonnées, oubliées et rongées par les effets du climat et du temps.

Un petit monde de couleur où les arbres dominent comme un grand parc joyeux où les petits viennent passer un peu de temps avec leurs nounous de couleur pour s'échapper des appartements parisiens beaucoup trop exigus. Lieu de paix et de recueillement. Lieu où l'on entre en cortège, des cortèges noirs, noir et gris. Injustement tout blanc parfois.

 

Je voulais y passer un moment, rendre une visite à Mimi et Marcel, appelons-les ainsi ce matin. J'avais un sac avec des petits pots de fleurs jaunes, blanches, joyeuses et colorées justement. Ce sera mon seul regret de la journée. Je n'ai pas eu le temps d'aller faire mon  pèlerinage. Ils m'auront, malgré tout, accompagnée toute la journée. J'ai senti sur mes épaules leur présence apaisante et un peu inquiétante parfois.

Est-ce que mon "œuvre" aurait été différente dans un autre lieu sans cette présence si proche ?

Et si c'était eux que j'avais dans un inconscient venant du fond du fond de mon cerveau voulu faire revivre.

 

Au-delà de la recherche sur la couleur est-ce que je n'étais pas mue par une main, une autre main que la mienne ?

Elle avait un joli coup de trait. Elle a tout perdu, je me répète, à Valençay pendant la guerre. Une bombe tombée sur le château où elle résidait. Il me reste un cerf au regard tendre et fier, comme elle, dans un cadre de bois blond.

Lui était plus rigoureux, excellent en dessins industriels. Carrière brisée pour cause de santé. J'ai retrouvé des cahiers. Les dessins sont nets, précis comme il se doit, comme lui.

 

Le critique aurait raison, pas de technique, un trait mal assuré, la maitrise de l'aquarelle hahaha ! une plaisanterie, trop diluée, pas assez diluée. On peut tout dire. Tout est vrai.

(Ma main n'a jamais été habile. Et mes derniers cours de dessins remontent à quelques décennies !). Une fois au CM2, j'ai eu un 10/10 pour une peinture du Pont d'Iena. Je n'en tire aucune fierté, car la prof. m'avait plus qu'aidée. Il était normal qu'elle se mette une bonne note.

 

Ce rectangle de canson blanc sous mes yeux qu'allais-je en faire ? Comment le remplir ?

Deuxième ou troisième exercice de la matinée. Tout le reste après me semblera dérisoire. L'émotion était partie et l'obsession déjà s'immisçait en moi. Je n'ai rien dit. Ce n'est qu'avec le recul que je mesure l'importance des gestes de ma main, du choix des couleurs, des formes.

 

Le résultat est ce qu'il est. Il m'a suffisamment ému pour que je décide illico de le faire encadrer, alors qu'il aurait dû finir dans un tiroir avec le reste, simple souvenir d'une journée d'initiation. Non, je vis et je vis autre chose. Quelque chose qui contribue à ma révolution, qui contribue à me nettoyer, qui contribue à aller plus loin. Un travail initiatique. Oui, ce doit être comme cela que je dois le vivre.

D'ailleurs, je lui ai donné un nom "TOTEMS". Tout un symbole.

Totem, comme la tortue qui est déjà mon totem. Totem comme la représentation d'un culte. Pas le culte de la qualité artistique, technique. Je ne suis pas assez naïve pour le penser ni même l'effleurer. La recherche des racines, l'enracinement dans la terre, dans la vie, dans leur vie. Un lien plus fort que je le pensais. Tout me ramène à la terre. La verticalité. Être debout. Être vivante. S'élever aussi au-dessus de la canopée, au-dessus de la mélasse, au-dessus de la laideur. Une quête vers une élévation. Le yin et le yang. Troublant. Troublée.

Suis-je naïve ou innocente ?

La même envie, le même désir que le crayon sur le papier. La substitution des mots par la couleur. Jouissance de petite fille.

La même spontanéité, la même force créative dans le sens de l'immédiateté, de la pulsion du geste, de ce geste-là, de ces formes, de ces couleurs et pas d'autre. Troublant.

Une implication totale, un don total des facultés, un abandon, un lâcher-prise, là et maintenant, j'y étais vraiment dans toute ma plénitude. C'est pourquoi j'aime aller au-delà de ce que je vois. J'aime aller retrouver, décortiquer, ce que je ressens, les émotions qui m'ont envahi ou qui m'envahissent maintenant.

Pourquoi un cœur bleu ? Pourquoi si bas dans le tableau ? Pourquoi un seul cœur ? Pourquoi d'ailleurs dans ce qui pourrait être l'élément masculin des deux totems ? Élément masculin, avec son organe reproducteur au niveau  de la tête (encore un symbole). Un allien en somme.

 

Je sais que je connais certaines des réponses. Une approche mystique de ma vie ?

 

Les stigmates de mon enfance.

 

En bas à gauche, une "bestiole" hésitante noirâtre, qui s'échappe déjà maladroite, comme un mouton noir !  (cf. laboratoire). Une tortue ratée, certes. Mon totem. Et si cette petite chose informe un cancrelat, un cafard ? C’était moi ! moi écrasée dès l'enfance. Ecrasée par l'amour de deux êtres où je trouvais difficilement ma place. L’amour de mes grands-parents en échange ? De quel côté ? Du côté de l'élément féminin. Troublant.

 

Si je l'avais dessiné à droite, je suis sure qu'il y aurait eu de la gaité, de la tendresse, du bonheur dans la bestiole. 

Les deux totems liés par une infinité de petits liens, de petits gestes, se suffisant à eux-mêmes. Le fait de nous faire plier le canson pour faire un "copier-coller" de la partie droite était déjà un signe pour moi.

 

J'aimerais soumettre mes "totems" à un psy. Je le ferai. Il y aurait, en toute humilité, tant à dire. La joie des couleurs, la force est là, la force de vivre, de chercher, de trouver peut-être et de m'épanouir.

 

Au-delà de cette interprétation, l'exercice m'a intéressé. C'était ludique, joyeux en bonne compagnie. Quatre femmes, quatre âges, quatre interprétations différentes. C'était très doux. Belle journée de partage. Expérience nouvelle.

 

Je viens de préparer une commande sur un site web, pastels gras, aquarelle, pinceaux etc… une nouvelle porte s'est ouverte. Je m'y engouffre.

 

Au passage, je suis encore sous le ravissement de l'exposition au Musée d'Orsay de :

Akseli Gallen Kallela. Peintre finlandais, fin 19e siècle début 20e. L'ombre de Sibelius plane encore.

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      (SYMPOSIUM. A.G.K.)

 



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