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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

remettre mon cerveau sur : ON

Publié le 20 Février 2011 par fuzzybabeth in pastilles de vie

L’ambiance est saturée de plomb. Comme le ciel qui ne sait comment évoluer, si pesant qu’il m’angoisse. J’ai peur qu’il m’écrase. Je le sens déjà sur mes épaules. Aujourd’hui, c’est dimanche. Je hais les dimanches. Je ne comprenais pas quand ma mère me disait la même chose. Je le vis maintenant comme un mauvais moment à passer.

 

La petite Église réformée en face de chez moi fait le plein. Les voitures arrivent. C’est l’heure de l’office. Ils vont chanter, ils vont prier dans une communion avec Jésus ou avec Dieu. Au choix. L’été, les enfants jouent dans le grand terrain. Ce matin, la pluie les retient à l’intérieur.

 

J’entends un avion. Ce soir, c’est le tien qui atterrira. J’irai te chercher à Roissy, vol AZ 324, en provenance de Fiumicino.

Une petite semaine passée l’un sans l’autre. C’est bien. J’aime ces grandes plages de solitude. La nuit, surtout, quand la chambre m’appartient. C’est là où je savoure le plus ma solitude. Une gourmandise. La liberté de la nuit. La liberté de l’heure. La liberté de l’espace.

Ma chambre est grande et lumineuse. Chacun son lit je ne prends donc pas possession du lit. Par contre, je peux m’entourer de ma vie. J’y jette mes bouquins, ceux que je suis en train de lire ou que j’aimerais lire. Ils me tiennent compagnie. Je caresse leurs couvertures. Rugueuse et granuleuse pour l’une, brillante et lisse pour une autre. Ce sont deux femmes qui m’accompagnent en ce moment. C’est d’elles dont je me sens la plus proche. Les sentiments sont si profonds, si exacerbés.

 

Sur mon lit, il y a mes incontournables lunettes. Privilège de l’âge ! Pas de lunettes, pas de lecture. Autant jeter les bouquins ou les brûler. Un autodafé, dans mon jardin ! la honte. Des centaines de livres. Une plaie est encore béante, elle se refermera difficilement. Il y a quelques années, d’autres avaient eu plus de chance. Déposés sur un trottoir, ils avaient disparu en l’espace de quelques minutes.

Je suis compliquée. Je n’aime pas me séparer de mes livres. Ils sont à moi. J’en suis jalouse. C’est pourquoi je n’aime pas les bibliothèques.

Quoi que. J’ai de beaux souvenirs avec mon grand-père qui fréquentait la bibliothèque municipale. Je me souviens de l’odeur du papier. La dame avait des fiches en carton de toutes les couleurs. Elle notait, la date, le nom de l’emprunteur. Un jour, j’étais repartie fière avec le petit ourson aux pattes ??

J’ai oublié la couleur !! C’était dans les années 50/60. La plus belle partie de mon enfance avec mes grands-parents paternels.  

 

Mes bouquins, fut un temps, instinct de propriété exacerbé, je leur infligeais, un tampon, comme une marque d’appartenance, comme la marque de la manade. C’était mon nom de jeune fille. De l’encre bleue, une typo qui n’existe plus.

Et puis le respect. Le respect de l’auteur. J’ai un peu honte de vous avoir abandonnés, même si certains d’entre vous ne valaient pas grand-chose. Enfin …

 

Sur mon lit, il y aussi mon téléphone. On ne sait jamais. Le Prince charmant… ou une copine, ou… une mauvaise nouvelle, ou un appel au secours.

 

Sur mon lit, il y a les télécommandes pour la télé.

J’allais oublier mes deux poumons.

L’ordinateur au cas où l’inspiration viendrait. J’attends.

Et au milieu de tout ce fatras matériel, parfois plus anxiogène que rassurant, ELLE, ma boule de poils qui enjambe le tout avec une légèreté stupéfiante et une grande prudence et qui s’affale de tout son poids plume pour s’endormir apaisée. Je sens son petit corps chaud près du mien, je n’ai plus beaucoup de place, mais je suis bien, si bien. Je ne demande rien de plus.

 

Le matin est plus compliqué. Je voulais parler de mon matin, et c’est plus fort que moi, les démons sont revenus, le passé a ressurgi, la nuit s’est imposée.

 

Après m’être difficilement extirpée de mon lit, foutu dos, me voici donc à constater que le ciel nous fait la gueule. J’ai beau lui faire des grimaces, il ne veut pas rire. Je crois d’ailleurs que c’est de pire en pire. La presse qui descend lentement, je vais me transformer en compression à la César. Non, parce que je suis descendue avec mon livre à la couverture granuleuse, blanche, qui devient un peu cradouille à force de me suivre.

 

Je reprends ma lecture. J’avais déjà lu une grande partie du livre. Ce n’était pas le moment. Mon cerveau était sur OFF. Il a fallu qu’il passe sur ON pour enfin pénétrer dans ce roman foisonnant, riche en émotions, d’une vérité écrasante et troublante. Un roman, d’une richesse extrême. J’aime le style. Les phrases courtes percutantes, incisives, comme si la vie était en jeu. J’aime les mots, pas tous. Moi, en dessous du nombril, je vis une vraie inhibition ! Encore que, un bouquin porno ne me fasse pas cet effet-là. Je crois que j’ai du mal à amalgamer les mots d’amour avec la brutalité des mots anatomiques. Un jour je développerai et lâcherai peut-être mon inhibition.

Je vois l’héroïne dans mon ex maison. Transposition. Image brouillée de mon passé. Le livre est maintenant ouvert tel un éventail. Je viens de lire des choses terribles mais d’une telle véracité que j’en suis encore bouleversée. L’hôpital, le temps, le corps, le coma, la douleur, le vide.. C’est si vrai. Je déteste le temps passé dans les hôpitaux, plus rien ne t’appartient, même pas ton corps. Tu es leur chose, qu’il pleuve ou qu’il vente à l’extérieur.   

 

«Les plaies se réparent avec leur propre lenteur. Elles n’ont pas conscience de notre temps»**

c’est écrit page 141. Je n’ai rien à ajouter.

 

On se demande comment certains bouquins font des succès alors qu’ils sont creux, et pourquoi d’autres avec leur richesse ne trouvent pas leur public. Ah oui ! il faut penser ! il faut réfléchir ! il faut se mettre en danger pour recevoir un texte aussi riche. Dommage. Je ne sais pas si c’est un avantage de connaître l’auteur, c’est un privilège sans aucun doute. L’angle de lecture n’est pas le même. J’apprends tellement. C’est quelquefois difficile. J’ai l’impression de retourner à l’école et de compléter mes études sabordées. Je me mets à être attentive à écouter et surtout à essayer de faire travailler ma mémoire qui est d’une paresse qui me décourage si souvent.

 

Je découvre aussi. Ma curiosité est une vraie force. Jeff Buckley. Je connaissais de nom, j’avais déjà lu quelque chose sur lui dans un article. Une recherche sur Safari. Je choisis sur Itunes: «calling you».

Je ne résiste pas. Dommage, la vidéo ne montre qu’une photo de JB. Qu’il était beau. Comment ai-je pu passer à côté ?  Je fais aussitôt une association avec Jim Morison. Rien à voir et pourtant.

 

La chanson démarre. Je suis un peu inquiète. La version de Jevetta Steele est si parfaite. C’est le top de mon IP4. Attention à la comparaison. Je ne suis pas déçue. La voix est belle et puissante. Belle interprétation. Plus tard, je continuerai à le découvrir. Il n’est jamais trop tard…

 

Calling you, chanson magique de Bagdad Café que je vois et revois avec toujours le même plaisir et la même émotion. Une rencontre magique entre deux femmes que tout oppose.

 Calling you que j’écoute quand je suis heureuse. Jeudi, dans le train, l’IP4 sur une oreille (l’autre à l'affût des bruits extérieurs), j’écoutais justement Jevetta Steele.

Rendez-vous avec des copines près de Saint-Lazare pour ce qui sera un grand moment de rires, de souvenirs et de bonne humeur. Sans appréhension, alors que je n’en avais pas revu certaines depuis plusieurs années. Comme si nous nous étions quittées la veille devant la machine à café : une Nespresso déjà …. Parce qu’«on le valait bien». Nous les anciennes de cet immense groupe.

Une rencontre, par hasard, mais est-ce un hasard m’attendait à Saint-Lazare ? Quelques pas ensemble.

 Le ciel est toujours aussi plombé. L’office est fini. Les voitures démarrent et partent vers leur repas dominical. Le temps a passé. Je vois les messages qui arrivent. Je vais refermer mon livre, quitter ma cuisine et mon petit déjeuner, froid depuis très longtemps.

Ce soir, je ne serai plus seule dans mon lit. Je vais devoir tout ranger. Mes lunettes sur le nez je reprendrai ma lecture impatiente d’en connaître la suite.

 

** Marie Debray (Sarah seule)

PS. J' ai zappé le sujet principal du roman, que je réserve pour un autre article....    

 


 


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Navaraanaq 20/02/2011 17:44



C'est énorme !!!!!