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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

qui sont les fous ?

Publié le 21 Mai 2010 par fuzzybabeth in pastilles de vie

Qui sont les fous ?

Et si les fous n’étaient ceux que l’on pense ?

Je ne suis pas psy-chose, psy-truc. J’ai eu cependant à faire à vous, longtemps, longuement. Vous m’avez certainement aidée. Il n’empêche que tout le boulot est en toi. Je vous ai livré mon âme sans retenue, sans tabou, sans fausse pudeur. Parfois je repartais en étant mal, encore plus mal qu’en arrivant. Tout ceci est un processus normal. Je ne vais plus vous voir, c’est peut-être un bon signe. Je crois avoir compris que vous ne me mettrez jamais à ma place. J’ai hésité à aller voir un nouveau thérapeute, une psychologue, mais, dans mon entourage je connais une jeune diplômée brillamment de cette discipline, et depuis un blocage s’est opéré en moi. Elle si fragile, qui m’est très proche de cœur, un peu comme un autre enfant, comme une fille que j’aurais pu avoir, comment pourrais-je confier mes tourments de femme adulte, très adulte dont le poids de la vie est derrière elle,  à une jeune femme qui a la vie devant elle. En fait, un psychiatre m’est plus utile. Il me donne des petites pastilles à avaler. Maintenant ce sont plutôt des petites granules, moins invalidant que les antidépresseurs dont j’ai fait un grand usage. Avec l’âge la mémoire défaille mais les psychotropes et autres substances te vident la tête, ta mémoire fout le camp encore plus vite. Pourtant grâce à eux, je suis debout, pas toujours vaillante, mais en vie, capable d’émotions. Une vie dite normale ! Dans un passage difficile l’hiver dernier j’ai recommencé une cure d’antidépresseur. J’ai cru devenir folle, mon corps a fait un rejet complet de ces drogues. Je ne dormais plus, j’étais survoltée, invivable. Il paraît que c’est bon signe. En gros tu es guérie. Je n’y crois pas vraiment.

Très jeune dans ma vie, j’ai fréquenté plusieurs établissements de fous comme ils disent. Pas pour moi, mais pour ma grand-mère et simultanément ma mère. Comment un enfant de huit ans peut-il sortir indemne de ces visions d’horreur. C’est assez terrifiant. Le seul beau souvenir que j’ai gardé de ces visites est celui d’un petit monsieur, courbé, mince, calme en apparence qui arpentait les allées tranquilles du grand parc d’un asile de banlieue. C’était un ancien joueur de flûte de l’Opéra. Je ne sais pas ce qui lui était arrivé. Il avait l’air rassurant, fascinant.  Il semblait beaucoup plus normal que des milliers de dingues que tu croises tous les jours dans les rues, plus inoffensif. Pourquoi était-il enfermé ? Pouvait-il faire du mal à autrui ? Etait il là pour être protégé de lui-même ? Que j’aimerais le savoir. Il y avait aussi les pièces d’isolement, capitonnées pour empêcher que les malades se fassent mal en se jetant sur les murs.  Un jeune homme était enfermé, par moments des hurlements jaillissaient. Il avait une jeune femme et un bébé. Elle ne pouvait le voir et lui parler qu’à travers un petit judas. La porte restait irrémédiablement close. La jeune femme pleurait à chaque visite. Je la voyais chaque semaine.

Moi, c’est ma grand-mère qui était en soins. Elle était un peu dérangée, elle perdait la tête. Elle vivait seule depuis la mort de mon grand père et quelqu’un l’avait retrouvé un jour la tête dans le puits. A temps pour qu’il n’ait pas de séquelles. Elle avait aussi été abusée par les témoins de Jéhovah qui avait trouvé en elle une proie facile. Que lui était-il arrivé ? J’étais trop jeune pour que l’on m’explique la raison.

 Simultanément, mais je n’ai plus de mémoire de la chronologie, ma mère aussi était en dépression. J’avais 8 ans, j’étais une petite fille un peu timide, confiante dans la vie de ce que je me rappelle, insouciante, jusqu’au jour où ma mère s’est effondrée sur la table de la salle à manger un soir en faisant ses mots croisés dans France Soir. De ce jour là ma vie a basculé et je n’ai plus jamais connu l’insouciance. Ma scolarité a commencé à pâtir de cette situation. Régulièrement je devais rester à la maison pour surveiller ma mère. Nous habitions au 4ème étage. Inutile de faire un dessin. Mes parents m’ont à cette époque mise en pension. Je ne supportais pas cette atmosphère de pensionnat religieux. La perversion régnait en maître, la méchanceté également.

Plusieurs fois maman ira en maison de santé. Jeune adulte tourmentée, je la retrouverai à Tenon dans une cellule, de fou furieux, tout étant fixé au sol, une minuscule cellule, comme une prison, ma mémoire a estompé bien des aspérités mais je me souviens très bien d’une de mes visites. On lui faisait des électrochocs et je devais garder cette information pour moi. Elle avait des cauchemars, toujours sa sœur, même pas sa fille. Il paraît que sa rechute était de ma faute. Qui peut le croire. Comment ne pas comprendre qu’une enfant a besoin de sa mère, de sa confiance et de son amour. Pendant toutes ces années ma vie d’enfant a été mise entre parenthèses et c’était de ma faute ! Ma petite rébellion n’était pourtant faite que pour attirer son attention!! Il y eu d’autres fois, beaucoup d’autres fois, je ne m’en suis jamais remise. Il va falloir que je continue à me libérer de ce poids si lourd

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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