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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

let go

Publié le 20 Mai 2012 par la tortue à plumes in vu - lu - entendu...

LET GO (Chloé Mons)

"laisse le vent du soir décider". Alain Bashung

Une évidence, je devais ouvrir ce livre aujourd'hui. Le sentiment que ce que j'allais y trouver me pénètrerait, que j'étais là dans cette attente.

Exact : les mots sont entrés, m'ont happée, au-delà de ce que j'attendais.

Bouleversant ou bouleversée.

Bouleversée. Avoir le courage d'assumer les belles choses, les mots forts (j'avais tapé  "mort" lapsus)… les émotions de l'autre.

Bouleversée par la justesse des mots, par la poésie qui se dégage de ce petit opus, bulle de légèreté, de spiritualité et d'espoir, où la tristesse est riche. En pleine face, même pensée de ce passage de la vie à la mort. Cette simplicité. Ce cri d'amour tout en douceur, nudité absolue, sans voyeurisme.

Je ne suis pas concernée par cette mort. Ce rapport de l'être aimé. Si, je devais être celle qui reste, j'ignore ce que serait mon comportement.

Qu'importe, j'ai vécu d'autres morts. Les décisions ont dû être prises.

Le baiser sur une joue gelée. Je n'oublie pas.

Ces morts étaient leur histoire à eux. Je sais qu'elle ne souhaitait plus qu'une chose : le retrouver. Il n'y a donc pas de tristesse. Enfin, une autre tristesse. Leur au-delà ne me concerne pas.

Parfois, le soir dans mon lit, une présence est là. Un léger froissement, un léger fil d'air, une ombre légère, pas plus épaisse qu'une feuille de papier OCB. Craintive. Je ferme les yeux. Je m'enfouis sous ma couette. Un jour, j'ouvrirai les yeux et je dirai les mots. "Tu es là" ! Un jour… Il n'est pas encore venu.

Faire le tri des amis, les vrais, les autres qui disparaitront comme ils sont venus, car il n'y a plus rien à glaner. Ce n'étaient pas des amis. Les autres entourent, protègent, défendent, respectent, partagent.

La tortue Sidonie. Moi, aussi je veux une tortue dans ma poche.

Bashung. Les poumons, comme papa, sa mort subite. Belle fin. J'entends encore le bruit de la fermeture du sac froid gonflé de son corps. Zippppppp ! toujours là qui ne me quitte pas. Trop tôt.

Ton petit fils t'a accompagné pendant ces deux petites années de votre vie commune. Tu lui as appris les lettres, les chiffres. Il était grand avant l'âge. Tu lui as appris les sourires, toujours digne, assis sur ta chaise de douleur. Tu lui as appris des bribes de la vie. Pas assez. Papa… Dis quand reviendras-tu  ? C'est à moi d'aller te chercher. Attends-moi. Laisse-moi le temps. Une nouvelle tranche de ma vie ne fait que commencer. Celle-là doit être belle, joyeuse, heureuse, à moi, à moi, à moi… Je veux chanter dans mon cœur.

Une image me revient. Il n'y a pas de photos. Le dimanche, je me souviens, c'était à C.L.V. La maison des gaufres. Bricolage dans le moteur de la 202 ou une autre voiture. Père et fils, dans la même passion. Je ne connais pas cela. J'en suis très triste. Pas de partage. Pas de passion commune. Pas de lien. Où est le bug ? Il y aurait pu avoir la musique. Tympans trop fragiles. Dommage. J'y vois un grand gâchis. Deux routes parallèles, très parallèles. L'amour, certainement. Et moi pas assez forte pour faire le lien. Les liens distendus. Dommage. L'histoire qui se répète, après mère-fille ! Le lien raté. C'est ainsi. Ne rien regretter. Ce qui est fait est fait. Et si c'était à refaire ? Inutile. C'est impossible.

Connexions. Père-Lachaise. Jamais cité dans le livre par prudence, par respect. Le Père-Lachaise n'est pas un Luna Park. La terre était encore fraiche retournée lorsque j'y suis allée. Superbe emplacement sur cette hauteur, protégée et en même temps en pleine lumière. Je voulais écrire «puissance». La puissance de pharaon.

Avant ou après, je reprends les allées bordées de tombes, des gens célèbres, des anonymes, des oubliés, des êtres chéris, des inconnus. Je me dirige vers mes deux inconnus. Les miens. Ils ne reçoivent plus de visites, moi la première. Les arbres pleurent leurs feuilles, à l'automne, sur la tombe. Il reste deux places. Deux emplacements pour des urnes. Moi et lui, notre résidence ultime déjà trouvée.

Chloé a raison lorsqu'elle parle des urnes. La visite n'est pas la même, le souvenir se brouille. Et puis les petits souvenirs que l'on met dans cette boîte. Papa est parti avec un brin de muguet de son jardin. Maman avait un peu tordu le nez. J'aurais dû mettre plus de choses pour l'accompagner pour le passage. Maman est partie, en dame élégante. Quoique, je ne sois pas sure que le thanatopracteur lui ait bien mis ses belles chaussures. Je n'ai pas osé soulever le drap de satin. Faire confiance à l'autre. Et puis, in fine, qu'est-ce que cela aurait changé ? Rien. Certitude.

Les derniers instants de cette vie si bien contés, pendant que nous attendions, avec gourmandise et bonheur, le concert au Grand Rex, Bashung lui nous quittait en paix dans les bras de sa femme, digne sur la pointe des pieds.

Tout est connexion. Alain Bashung avait mon âge. Chloé l'âge de mes jeunes amies, l'âge d'une fille potentielle. Fille ou garçon. Jamais je ne le saurai. Longtemps, j'avais rêvé un garçon. Je l'ai, mon amour, mon moteur, mon espoir. Le petit dernier. Le seul, l'unique. Alors, une fille, la fêlure. Et si c'était la raison qui me rapproche de ces quarantenaires avec qui la vie n'est pas toujours tendre, auxquelles nous laissons un héritage un peu compliqué.

Je peux mieux comprendre ses sentiments. Il y a quelques années je me serais offusquée de ces différences d'âge. Offusquer n'est pas le mot, juste anticiper que le parcours commun sera plus court. Et alors si l'amour est présent, qu'importe. Vivre ses amours. Être vivant dans sa tête et dans son âme. Continuer la vie.

La si belle rencontre de deux âmes…comme une évidence.

Bouleversée encore. Chacun devrait lire ce petit opus qui fleure bon l'amour à chaque ligne. Il devrait être prescrit comme une lecture indispensable.

Le chagrin fait partie de l'amour. Sans amour il n’y a pas de chagrin.

Un seul regret. La lecture numérique, pour une fois, m'a un peu gâché le plaisir tactile de tourner les pages, de sentir le papier crisser. Revenir en arrière, prendre un crayon et souligner. Cette lettre d'amour doit pouvoir se toucher comme une peau que l'on caresse. Même si je sais que le papier est rugueux, rugueux comme la vie,  j'irai l'acheter pour m' y frotter.

Et puis, enfin, oser dire merci d'avoir partagé ces moments si intimes avec tant de délicatesse, de pudeur, en pointillé bien qu' avec une précision chirurgicale empreinte de tendresse sans le moindre soupçon de voyeurisme.



 

 

 

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