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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

la première fois que j'ai dit "non"

Publié le 28 Février 2013 par la tortue à plumes in projet Paparemborde

  Cher Paul,

 

Hélas, je n'ai pas reçu ta deuxième lettre pour entamer un dialogue, tu vas donc devoir te contenter d'un nouveau monologue.

 

En passant, comme la prof., moi aussi, j'étais souffrante, la grippe, la saison, le froid ! bref ! je ne suis pas sure d'avoir les idées encore très en place, je sais déjà que tu seras indulgent.

 

La première fois que j'ai dit non ! C'est si loin, j'aimerais bien retrouver cette première fois, mais il ne faut quand même pas rêver. Les neurones tout çà…

 

La première fois que j'ai dit non devait être à maman. Ce pouvait être ; non au biberon, le lait trop chaud ou trop froid et le vomir sur son beau chemisier tout propre ou quelque chose de ce genre.

Pas un "non" oral et verbal, mais un non de rejet, si j'ose dire ! un refus qui veut dire non !

 

Alors, le premier souvenir de  "non" qui me revienne en mémoire est lié à l'école et à la cantine.

Années 60, j’habitais Paris, mon école était à Bry-sur-Marne. Long parcours tous les jours, surtout l'hiver lorsque le bus patinait sur le verglas et la neige dans le bois de Vincennes.

Bref ! Ceci n'est pas l'histoire que je veux te raconter.

Mais au moins, tu connais un peu le contexte. Institution religieuse, les religieuses portaient des cornettes. La discipline était très stricte.

 

Tu as compris, sur ma première lettre,  que j'étais un peu rebelle.

Ce jour là, et là je m'en souviens très bien ! il y avait à la cantine, en plus des éternelles gamelles de betteraves, d'épinards qui t'en dégoutent à jamais, un prétendu steak. Prétendu ! pas plus, du bœuf ! Findus n'existait pas encore ! hi ! hi ! hi !

Les fourchettes et les couteaux étaient «limites» solides. Non, je ne les ai pas cassés, mais, j'aurais pu tant la viande était rebelle elle aussi !

 

Si tu avais le temps je te dirais que la cantine était située dans les douves du château, que la lumière nous parvenait par des soupiraux, qu'on avait à peine le droit de parler et qu'il y avait une odeur d'humidité et de renfermé, que je sens encore dans mes narines, sans faire d'effort ! et qu'après le repas nous devions avec une noisette de produit vaisselle et trois torchons, laver et essuyer la vaisselle de toute la cantine. Je ne te raconte pas le cauchemar ! et mes perpétuelles demandes pour obtenir plus de torchons… et de produit vaisselle… en vain ! tu t'en doutes.

Pas beaucoup de sous, un château, un parc, un bassin, mais pas grand-chose d'autre.

 

Donc, j'en reviens à mon repas et à mon morceau de viande.

Malgré tous mes efforts, et la faim, je n'ai jamais pu la couper et encore moins la manger.

Pas d'autre choix : laisser la chose dans l'assiette.

Sauf que, les "bonnes sœurs" étaient là…

Pourquoi mademoiselle n'avez-vous pas mangé la viande ? etc.

 

Convocation chez la Mère Supérieure, une dame rugueuse, un peu forte, son bureau installé dans l'aile noble du château, près du grand escalier. Je me souviens du grand bureau, magnifique, entre parenthèses, un bureau à cylindre fabriqué dans un bois sombre.

S'il existe encore il doit valoir une petite fortune aujourd'hui.

 

Bref !

La discussion s'engage, je n'étais même pas impressionnée, sure d'être dans mon bon droit, sure de n'avoir rien à me reprocher.

Mademoiselle me dit-elle :

- Comment avez-vous osé laisser votre viande dans votre assiette alors que les petits biafrais meurent de faim ?

Et là, disons que c'est mon souvenir de première fois où j'ai dit non !

Je lui ai répondu du tac au tac :

- Ma Mère la viande est tellement dure et immangeable que même un Biafrais n'aurait pas pu la manger !

Et toc !

 

J’ai oublié après

La punition ?

Retenue ?

Faire les parquets, les carreaux ?

Des coups de règle sur les doigts ?

 

Je me souviens seulement qu'elle ne m'a pas obligée à manger la viande…

 

Je ne sais plus, mais je peux dire sans me vanter que la Supérieure est quand même restée un tantinet surprise de mon audace.

Tu sais quoi Paul… il n'y a que la vérité qui blesse.

Bien à toi

J'attends avec impatience de pouvoir lire ta lettre

 

PS. Je te conseille un petit tour dans un dictionnaire ou sur Wikipedia pour le Biafra, l'article est bien fait. 



deuxième lettre du projet



IMG_3914.jpg

mes copines... 

mais si je suis présente, derrière l'objectif !

1966


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