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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

la maison est vide

Publié le 28 Août 2010 par fuzzybabeth in pastilles de vie

La maison est vide. Je suis seule. Pas un bruit, juste le léger bruit du ventilateur de mon Mac, quasi imperceptible dominé par Scorpions et son Hurricane. Le téléphone peut sonner. Je ne répondrai pas. Je m’accorde ma liberté. Je me lance dans des choses folles. Je range. Ma frénésie est là, je ne peux pas l’arrêter, elle me fait du bien. Je trie mes livres, je les regarde avec respect, même si certains ne méritent pas une grande attention. Si ce n’est le respect qu’il faut savoir donner à l’auteur. L’auteur y a mis ses tripes, sa vie, parfois il s’est mis en danger. Cela compte pour moi. Les mots sont alignés pour l’éternité. Je vais devoir faire un choix. Brûler, donner, jeter, pilonner. J’avais proposé à une école de leur donner tous les livres de mon fils. Des livres lus une fois, en parfait état. Je n’ai pas eu droit à une réponse.

J’en avais déjà jeté beaucoup, plutôt,  délicatement posé dans un grand carton devant la grande porte cochère de bois lorsque nous avions vidé la maison de mon adolescence.

Je les avais posés, comme on dépose un bébé dans une couverture sous le porche d’une église, parce que l’on ne peut plus s’en occuper. Oui, la comparaison est osée. Un être vivant et un livre ; seulement il y a un être vivant derrière le livre.

Quelques courtes minutes après, il n’en restait plus un, quelqu’un se les était approprié, j’espère qu’il en aura apprécié certains.

Nous sommes quelques années plus tard, et je recommence l’exercice. Les livres de mon adolescence et de mon jeune âge adulte attendent le sort qui va leur être réservé. Brinquebalés de maison en maison, soumis à l’humidité de la campagne, et pire à une mini inondation, ils sont là fiers, inquiets mais confiants. Ils sont comme des prisonniers sous une cagoule. Ils attendent serrés les uns contre les autres dans de grands sacs de papier kraft marron très solides.

Ils m’implorent. Je les entends mais vais-je les écouter ? C’est pourquoi ce matin dans ma maison vide où rien ne bouge, je cherche une solution, je déplace, j’entasse, j’empile. Je fais de la place pour mes chers livres.

L’heure du déjeuner est passée depuis longtemps, tant pis, le temps passe, la maison doit se vider. Maintenant que mes pseudo vacances sont rangées au rayon des souvenirs, que mon planning de septembre très chargé est en place, je m’occupe d’eux. Ils ne sont pas tous beaux, ni intéressants, il n’y a pas que des œuvres immortelles, mais ils sont à moi, je les avais choisis, laissons leur une petite place.

Ils n’ont pas mérité le début d’un autodafé. De quel droit ? et la liberté d’écrire, de créer et de lire. La liberté absolue. Je ne vais pas rejouer Farenheit 451 à ma petite échelle. Non.

Il va me falloir au moins un voyage, la voiture pleine comme un œuf que pour vous. Qu’importe, vous reviendrez peupler ma modeste bibliothèque. Il n’y a ni Freud, ni Spinoza. Mais Nietzsche, San Antonio. Les policiers se bousculent depuis que j’ai découvert adolescente, Simenon et le fantôme du chapelier, lu et relu, et Agatha Christie et Indridason. Il y aussi Werber et ses fourmis (12 ans pour écrire le livre, 6 ans pour trouver un éditeur), Voltaire, Apollinaire, Garcia Lorca, Alice aux pays des merveilles, A. Camus. Des petites choses : Laurent Gaudé, « la première gorgée de bière » de Delerm. Et puis Watershipdown quelle magnifique histoire : cinquain, noisette et ses copains, que de larmes. A. Nothomb, F. Sagan, K. Pancol et son bestiaire, M. Duras, F. Vargas. Beaucoup de femmes, j’aime la prose des femmes. Elles me bouleversent par leur sensibilité, par leurs tripes qu’elles jettent en pâture. Et puis, H. Miller qui a fait s’étrangler ma mère d’horreur en trouvant Sexus et Nexus sous mon lit. Et beaucoup d’autres encore. Steinbeck, Kerouac toute une époque. Peu de classiques, la langue française me passionne mais j’ai beaucoup de mal avec le vieux françois. Racine, Molière et Corneille m’émeuvent peu. Voire pas du tout. A l’exception de la tirade du Cid, apprise par cœur. Marcel Aymé, Sade.

Toutes les bios de ma famille professionnelle. Celle d’E. Schueller (dont je tirais des réflexions, comme pensée du jour), de F. Dalle, de la famille Bettencourt. La vie de G. Laroche, l’histoire de Lancôme et de M. Petitjean. C’était avant cette puanteur médiatique. Je respecte, quoiqu’il en soit, les hommes et ce qu’ils ont fait de cette maison qui m’a fait manger et bien manger pendant plus de 30 ans, et surtout qui m’a appris mon métier. Toutes ces compétences me sont utiles aujourd’hui. Et même si nos deux jokes favoris étaient :

« l’Oréal mène à tout à condition de s’en sortir » et « on est mal payé mais qu’est ce qu’on se marre », enfin pas tous les jours, si j’en crois ma fin de carrière. Il n’empêche que… le respect et l’admiration restent intacts. Combien de dizaine de milliers de chômeurs sans l’Oréal ???? Démagogie ? non, réalité.

Mes livres  me reviennent. Je suis heureuse de les retrouver.  Pagnol qui m’a tant fait rêver par son langage chantant, ses souvenirs, ses odeurs de garrigue, et de jeux de cartes sur le vieux port. Je n’oublie pas Autant en emporte le vent, les roses de Jéricho, Ambre, les gens de Mogador.

Du rire, des larmes, du sang, de l’espoir, du rêve. La vie, une vision de la vie. Ils dansent, ils m’appellent, je retourne à mes étagères. Ne pas les bousculer, être attentive aux cohabitations impossibles. Je n’oserais jamais faire se frotter les couvertures de la Bible et de Sexus.

Sarah est seule, ailleurs dans une autre pièce avec les petits trésors que je chéris. Les livres de chevet que l’on dit. Le problème c’est que moi ils peuvent y rester des mois sans que je les ouvre. Je sais qu’ils sont là et cela me suffit.

Attention, j’ai repris le plumeau, ployez vous, j’arrive vous faire une petite beauté. Soyez honnêtes, je n’en abuse pas. Pas assez souvent ? ah oui ! désolée, je n’ai pas envie de faire plus. Mon esprit doit vagabonder aussi, alors chacun son tour. Aujourd’hui c’est vous.

Elève Bazin, que faites-vous par terre la couverture cornée ? c’est moi qui ai fait cela ! oh ! monsieur, veuillez pardonner la maladresse d’une main fébrile.

 

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