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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

le chameau et la potentille

Publié le 21 Mars 2011 par fuzzybabeth in pastilles de vie

                                                                                         potentilla.jpg

 Un chameau nonchalant se promenait dans le désert.

Le nez au vent, il cherchait une potentille.

Par n’importe laquelle, pas de celles que l’on trouve dans les oasis cachées sous un palmier.  Il y a longtemps, il l’avait découverte par hasard. Il connaissait la potentille jaune, il l’aimait bien, elle évoquait le printemps, la jonquille et le beurre frais. Non, le chameau cherchait une potentille blanche.

Il avait l’esprit d’escalier ce chameau, un vrai chameau. Il avait dessiné un rond dans le sable avec ses deux orteils. Il trouvait cela vulgaire. Il aurait aimé avancer appuyé sur des sabots. Il aurait été rassuré. Il devait se contenter de deux orteils cornés.

Son rond n’était pas très rond. Il avait une forme oblongue légèrement écrasée, mais il était fier de lui. Il se dit, je suis le premier chameau à avoir dessiné un cercle.

Mon chameau était très intelligent. C’était un chameau pensant ! Il enviait ses cousins alpagas, il les trouvait plus gracieux, même s'ils crachaient, mais il n’avait pas le choix alors il allait de dune en dune. Le Petit Prince cherchait avec le cœur … dans le désert. Lui, il cherchait une potentille blanche.

Le soir, quand le soleil brûlant devenait boule de feu et se cachait derrière les dunes, il s’arrêtait pour se reposer. Il était seul.

Un jour il avait décidé de se soustraire à l’esclavage de l’homme et à son asservissement. Il ne supportait plus la présence sur son dos, de ces touristes ingrats, gras et orgueilleux. Il ne supportait plus leurs odeurs venues d’ailleurs. Surtout, l’odeur âcre de leur transpiration. Il y sentait la peur, la peur viscérale cachée sous des rires de façade pendant que l’homme, ridicule dans son bermuda beige, espadrilles au pied, chapeau de paille sur la tête et appareil photos en bandoulière prenait en photos, comme ils disaient, avec vulgarité, sa tendre moitié, moitié de quintal au minimum !! Il y sentait la transpiration de chaleur et de haine.

Le chameau avait  conscience que ces humains ne l’aimaient pas. En retour, lui  ne les aimaient pas non plus ; ces touristes qui ne cherchaient même pas à savoir qui il était, comment il vivait, ce qu’était son univers, son environnement. Ses quatre mille ans de domestication.

Ils ne faisaient que passer, ils repartaient avec des photos ridicules qui les feraient rire une fois rentrés dans leurs pays dits civilisés. Il ne supportait plus.

Ils le trouvaient arrogant, hautain et puant. Il était humilié car il était fier comme ces gens du désert. Un jour, une nuit plutôt, où tout le troupeau était assoupi, quand les hommes se reposaient, pas méchants, indifférents surtout. Ils vivaient de lui, du tourisme, de sa laine qu’ils vendaient.  Pas la moindre compassion. Avaient-ils le choix ? Il s’en foutait, il voulait être libre. Il ne voulait plus non plus qu’on l’appelle dromadaire, il n’était pas un dromadaire, il avait deux bosses lui. C’était un chameau ! Une erreur de la nature. Il voulait aller chercher sa potentille blanche. Il irait jusqu’au bout du monde, mais où était le bout du monde pour un chameau ?

Une nuit, il avait défait ses liens, s’était levé en prenant appui sur ses deux genoux

Dans sa grande dignité, il avait erré, il se méfiait il ne fallait pas qu’il se fasse reprendre car sa vie serait alors un enfer. Il avait appris la méfiance. Il se cachait derrière les dunes, il jouait à cache cache. Il guettait le bruit des caravanes qui se déplaçaient d’oasis en oasis. Il s’était éloigné des zones touristiques.

La vie était rude. Il était seul. Il avait laissé sa chamelle et leur petit. Pas une histoire d’amour, l’instinct de reproduction, de conservation, juste pour que la race ne s’éteigne pas. Il savait qu’elle était menacée d’extinction. Il était résistant. Il avait des réserves dans ses bosses.  De temps en temps il croisait un serpent qui aussitôt  en rampant rentrait se terrer, sous l’effet des vibrations dues à son déplacement.

Personne, la liberté.

Il ne trouvait toujours pas sa potentille blanche.

Un jour il fut fatigué de cette vie d’errance, de solitude. Un matin, il fit demi tour, sa boussole interne fonctionnait très bien, il reprit sa marche en sens inverse.

Une libellule égarée le croisa. Elle vit au coin de ses yeux ronds, une larme s’accrocher à ses longs cils. Elle le vit digne, la démarche chaloupée. Elle comprit qu’il allait abandonner la recherche de sa potentille, qu’il allait abandonner ses rêves de liberté. Il retournait vers l’homme et ses touristes imbéciles. Il avait essayé, être seul était beaucoup trop dur à vivre. La libellule se posa dans sa laine qui puait le suif à s’évanouir. Elle resta là jusqu’à son retour chez les siens. Alors elle s’envola et repartit à la recherche d’eau pour s’abreuver et nettoyer ses ailes de la puanteur du chameau.


http://www.petitschenes.com/documentaire/mammifere/Terrestres/dromadaire.php

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