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Publié par la tortue à plumes

vaches-Belmont.jpg**

Fut un temps, un temps d'avant,

fut un temps où je n'enfilais pas deux gilets, à l'heure du petit déjeuner, en juin

fut un temps où le soleil existait encore, sans modération

fut un temps où je regardais Roland Garros

fut un temps où je regardais tous les grands prix de F1 à la télé. Je savourais, lorsqu'en Italie, enfermés dans l'appartement pour être, à l'abri de la chaleur accablante

et du soleil aveuglant, j'écoutais les commentateurs qui de leur voix ébouriffée, exubérante, dans de longues litanies dithyrambiques racontaient les moteurs rugissants, les virages, les stands, le carburant, le record du tour, jusqu'au champagne qui explosait en gerbe sur les combinaisons et le podium.

fut un temps où je regardais, comme un signe de l'été, comme un grand voyage cocardier, mer, montagne, campagne... le tour de France !

les monuments défilaient, la faune, la flore s'épanouissaient

les caravanes, les shorts, les pliants, le pastis des spectateurs installés au bord des ravins montagnards, sous le regard bovin et indifférent des vaches placides et multicolores.

En noir et blanc, puis en couleurs, j'admirais les Anquetil, Bobet, Coppi, Merckx, et même le gros nounours de Poulidor toujours deuxième... et Hinault et Fignon (pour qui j'avais une certaine tendresse, pas comme les autres le coureur) et d’autres, les autres, les «sans-grade» qui avalaient les mêmes kilomètres et qui pouvaient à l’arrivée dire : «j’y étais, je l’ai fait». Avant le dopage. Pourquoi, avant, il n'y avait pas de dopage ?

Les équipes couraient pour un pays, pour un drapeau, pas pour une marque, pas pour un sponsor, pour une fois c’était certainement mieux avant.

Comme avant le CAC40 par exemple.

Je dois bien avoir encore dans une boîte un vague souvenir publicitaire, porte-clef, buvard, qui sait ? d'une étape à Bellac, l'été, la famille, les cousins...

et la caravane publicitaire, j'avais ? un seul chiffre à mon âge ! c'est sûr. La vie était douce. L’entrecôte venait de la vache élevée à quelques kilomètres dans de grands pâturages. Oui, je sais la viande... et alors ?

Les vaches, comme celles bicolores horizontales, je ne sais comment les décrire, de la photo l'autre jour. J-1, j'espère bien les voir, leur parler, les voir chasser les mouches de leur longue queue.

Redevenir une petite fille dans un rêve.

Fut un temps, je ne vis plus dans ce temps là.

 

Mon sommeil s'est interrompu, tôt, comme chaque matin, comme avant, le monde dans les oreilles, les informations qui bourdonnent dans ma tête. Soumier sur BFM et l'histoire du cochon sauvage, en boucle.

Je me rendors, je me réveille, France Culture, des mots, c'est calme, je suis bercée, je peux me rendormir. Pas tout à fait, une chronique retient mon attention, il y est question de livre, d'anthologie, de bicyclette, de poètes, d'écrivains. J'écoute, je suis réveillée, les mots sont beaux, je me mets dans la roue de l'histoire et me laisse porter.

Je me rendors, trop tôt pour se lever, trop tôt pour affronter le ciel gris, trop tôt pour réveiller Miss qui a repris ses habitudes dans mon lit. Je sais... je m'en moque. Je sens sa chaleur. C'est bien. Je suis bien tout simplement.

 

Nouveau réveil, instant de flottement, la tête dans le vide, les idées confuses, quelle heure est-il ? où suis-je ? dans mon lit ? dans l'espace ? J’ai quitté France Culture ? J’entends, j'entends...

Kanye West

Enfin, c'est parce que l'animateur le dit.

J’écoute, j'écoute, non je suis toujours sur France Culture,

Tout va bien,

J'écoute le mélange des sons, des mots,

Miss poils se réveille, s'ébroue,

il est temps de se lever.

Kanye West a fini de nous narrer son histoire.

Un pied par terre, le droit, comme un réflexe...

Miss poils aborde l'escalier prête à humer l'air frais du jardin retrouvé.

Quant à moi... mais vous savez déjà,

j'attrape la bouilloire, la théière blanche qui bientôt va accueillir le breuvage ambré.

La journée peut commencer. Je sais qu’elle sera longue et compliquée.

Il me reste un petit vélo dans la tête, une mélodie électronique et nasillarde, et surtout une valise à préparer. Demain, je leur laisserai la maison pour quelques jours.

Avant il faut que je lâche et c'est pas gagné du tout.

La nausée s'invite dans ce grand tourbillon.

Je n'ai pas retrouvé la chronique

Je n'ai pas retrouvé la chanson

qu'importe

j'attends de pouvoir dire : décidément tout est bien.

 



    ** transhumance dans les Vosges



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