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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

dans ta bouche

Publié le 8 Février 2011 par fuzzybabeth in vu - lu - entendu...

 

(Portrait filmé de Benjamin Biolay par Laetitia Masson)

  

Enfin, j’ai pris le temps. Processus nécessaire pour amener mon cerveau à accomplir certains actes.  La tortue est lente. Le bélier est lent. Le buffle est lent. Ce sont mes trois composantes. Dès l’instant où tous les trois (j’inclus la tortue) prennent la décision d’y aller plus rien ne peut les arrêter.

Maintenant, j’ai conscience de ce délai de maturation qui m’est nécessaire pour être   présente dans l’action : « être ici et maintenant »  Putain les pas de géant que je fais tous les jours. Enfin des petits pas, bien posés les uns derrière les autres. Pour gravir la montagne, il faut assurer ses arrières. Etre sûre de poser les pieds au bon endroit pour ne pas dévisser.

Quitter la vieille peau que j’habitais et qui m’étouffait. Comme la tortue faire sa mue. Perdre ses vieilles écailles pour se réveiller dans une nouvelle peau toute neuve toute belle et lumineuse. Pas une peau ne lisse, sans relief, non une peau pleine d’espoir vibratoire. Je m’aperçois que je quitte le « tu » pour le « je », prise de possession de cette métamorphose. 

Evolution foudroyante avec ce petit rien, ce grand rien de reste d’éducation judéo-chrétienne qui demeure.

Et si toute cette belle évolution  demain s’arrêtait.

Comment arrêter une locomotive lancée à fond sans freins !  Je n’y pense pas. La route est si verdoyante devant moi. Je vais laisser mes mues sur le bord de leur route. Ceux qui ne me suivront pas je ne les regretterai pas.

D’autres belles âmes attendent la rencontre. Le temps presse. Six décennies à rattraper.

 

J’en reviens à « dans ta bouche ». S’agissant de Benjamin Biolay, je ne pouvais voir ce film que dans un état de présence extrême. Je savais que je serais bouleversée et donc il fallait que j’attende l’heure. C’était samedi dernier.

 

Me voici partie en tournée avec lui et plus back stage que côté scène. La scène se fut à Colombes. Excellente idée cette date à colombes.  Quelques minutes à pied et j’étais déjà arrivée au théâtre.

 

Ubac ou adret.  L’adret me va très bien. Je n’ai pas envie de voir l’éventuel ubac.

 

Biolay est entré dans ma vie après Jean Louis Aubert et Raphaël. Raphaël en est sorti. Trahison du public même s’il s’en défend. J’ai adopté Aubert en 1987, après Téléphone. Seul, il s’est révélé avec toute sa générosité de bélier. Une belle âme. Une connivence avec son public. Pas une tournée sans que j’y sois au moins une fois.

 

Biolay c’est une autre dimension. Encore que comme Aubert, il m’a fallu du temps. A chaque fois que je les voyais j’étais intriguée donc pas indifférente, mais incapable d’aller plus loin. Et puis, comme tout le monde la Superbe est arrivée, l’atelier d’écriture s’en est mêlé, j’ai écouté et j’ai aimé.

 

En fait tous ces mots qui ne parlent pas du film apparemment sont toutes les réflexions qui m’ont traversé l’esprit pendant que je le regardais. Je me suis décentrée !!!

 

Un film, dont le titre, m’a laissé pantoise au premier abord ! 

En fait, dans la bouche, il y a des mots, des rires, des cris, des paroles, de l’amour. Oui, c’est beau.

 

J’ai vu un portrait tout en finesse, tout en profondeur. En tourments aussi. Un souci de l’autre. De jolis moments de complicité. La vie d’un artiste. J’y ai vu un grand respect de l’autre.

Quelle profondeur dans le regard, dans le sourire, dans les mots murmurés. Biolay est  fascinant, tel le serpent. Un charme, une fascination, une attirance irrésistible. Une beauté magnétique. Je mettrai une restriction sur sa garde robe ! Mais quelle importance !

 

Laetitia Masson a superbement filmé ces petits moments d’une tournée. Les moments de solitude aussi. Seul malgré les autres. Le souci de l’autre quand il se retourne pour voir s’ils  sont là.

Belle idée de Laetitia Masson de faire ces portraits par les filles de la tournée. Le film n’aurait pas eu cette résonnance tourné par un homme qui n’aurait pas été capable de capter l’animalité profonde, la féminité, l’ambivalence entre l’homme, sa timidité et le rapport à sa carcasse.

 

Mon âge me permet de prendre du recul sur l’amour que je lui porte. Il n’en reste pas moins vrai que l’écouter est un plaisir intense et qu’il me touche profondément.

Pour moi il fait partie de ces quelques rares artistes qui excellent dans tous les registres. Un autre Gainsbourg !

 

Un film très intimiste et bouleversant. 

 

 

(Tournée « la superbe » 2010)

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