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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

çà ou çà

Publié le 8 Novembre 2012 par la tortue à plumes

 

Les mots se précipitent. Ils arrivent en hordes serrées impitoyables, comment les arrêter, comment les juguler ? Pas question. Ils sont là, je les entends, ils me parlent, ils chantent, ils me font pleurer. Je vous aime mes mots. Parlez-moi encore.

Pendant ce temps la vie passe, enfin la mienne.

Par où commencer ? Le choix, l'option, il n'y a que moi qui peux décider de l'action à entreprendre, car il s'agit bien d'une action.

Agir par plaisir

Agir par obligation

Agir par habitude

Agir pour agir, juste pour ne pas être immobile.

Que choisir ?

Tournoyer comme l'abeille qui ne sait sur quelle fleur prélever le meilleur pollen pour faire son miel.

Bzzz, bzzz,

Je tournoie, je vire, je vais, je viens, je prends, je pose, je change d'avis, je recommence. Je m'asphyxie. Je le sais. C'est ainsi. Se faire un café.

La pendule s'en fout, inexorablement elle égrène des minutes qui ne reviendront pas, mon temps passe, mon temps avance. La peau de chagrin. Le choc, quand adolescente, je découvris cet opus de Balzac. Je revois encore la vieille couverture, jaune pisseux, la typographie surannée et l'odeur du vieux papier. Je crains qu'il n'ait fini dans le grand brasier.

Alors, me poser, renoncer à tout,

À cette liste virtuelle des "choses à faire"

Faire la liste des "choses à aimer"

Celle qui est douce à mon cœur et à mes yeux

Tout se bouscule,

Être soi, être avec les autres, être seule dans cette solitude et ce silence qui me conviennent si bien. Et pourtant en empathie. Se taire.

M'enfermer dans un monastère ? Pour un temps, pour longtemps.

Ne plus rien dire,

Seule avec moi,

Et pendant ce temps là, le mec sur le toit en face de chez moi regarde dans ma maison, il viole mon intimité. Je hais cela. Mettre des rideaux, dresser une barrière entre moi et la rue. J'ai horreur des rideaux, je ne supporte pas les maisons enfermées dans leurs rideaux, dans leurs secrets. Ma vie est transparente, la lumière me rend forte. Combien j'ai haï, chez mes parents, ces rideaux si opaques que le soleil y brisait ses rayons sans pouvoir y pénétrer. Le soleil, ma vie, mon espoir, là brisé net dans son élan. Et tant pis, si mes murs se parent de marques jaunes ou si la peinture mue. Soleil rentre dans ma maison, caresse-moi, enveloppe-moi de tes rayons. Manque de pot, tu es absent. Reviens.

Zut, encore le mec en face. Je ne vais quand même pas vivre pendant des semaines les volets fermés, moi qui répugne à les fermer le soir, ou alors, juste le plus tard possible, et le moins possible, que l'extérieur soit visible, à ma portée tout près de moi. Voir la douce lumière, même un peu glauque du réverbère me saluer quand je suis dans mon lit. Les ombres de la chambre sont moins violentes. Les esprits qui passent ne peuvent pas s'y arrêter. Les fantômes ont peur de la lumière et moi j'ai peur des fantômes.

Bref, le temps passe.

Ma tête est envahie de mots comme des flots intarissables, tout est prétexte à écrire. Aimer ou écrire ?

Ne pas sourire.

Écrire, désormais la "chose" qui vaut d'être, qui te met en danger, qui te met en émoi, qui te nourrit, qui te calme.

Ah maintenant, c'est la voisine à sa fenêtre. Partir, partir pour un ailleurs, retrouver ma maison, là bas dans ma campagne, ressentir ses vibrations, ses odeurs, ses complaintes. Comme tu me manques, si tu savais. L'autre jour, j'ai ressorti des photos, des photos d'évènements familiaux, pendant 20 ans toutes les jolies fêtes se sont faites avec toi. Je ne t'ai plus, je l'ai voulu, comme je te pleure.

Maintenant, beaucoup plus loin, l'Adriatique, que je devine du balcon, va et vient. Les parasols sont rangés, j'imagine, la mer grise et verte, couleur des huitres bourrées de cet iode que j'aime tant. Envie d'huitres. Y penser. En attendant, ce soir encore je dinerai d'algues. Cette couleur, ce craquant, un peu gluant, cette force incroyable qu'il y a dans l'algue, comme si j'étais une ondine, à l'origine du monde, dans l'eau, moi qui déteste l'eau. Certaines eaux.

Il me l'a dit, il a donné les clefs au nouvel occupant. Et pourtant, il y a longtemps, je n'aimais pas ce lieu, trop "beauf" pour la prétendue "snob" que je suis ! ah ah ! les vieux meubles bien cirés, et l'immense madonne au-dessus du lit, témoin de nos anciens ébats, ont disparu. J'y ai pourtant laissé des souvenirs. Beaucoup plus que je ne l'aurais imaginé. Encore une page qu'il faut tourner. Beaucoup trop de pages se tournent. Le temps s'accélère, mon souffle va-t-il être assez fort pour résister à ce déferlement de bouleversements.

Le garage est vidé. Qu'est devenu mon vélo hollandais rouge, que j'aimais tant, avec son panier dans lequel yorkie détestait se trouver. Hargneusement, il dévorait le métal sans succès. Qu'il devait avoir peur ! Je me souviens des promenades avec mon fils, tous les deux sur nos vélos, le père à pied.  Curieux trinôme, bancal depuis toujours. Pas pire que les autres, mais désynchronisé.

Pendant ce temps, il ne se passe rien dans la maison. Dans ma tête, tout va bien, il me faudrait 8 mains, pour tout faire ce qui s’y passe. Impossible. Alors parfois je me dis stop. Ce matin, il y a des incontournables. Oui, mais pour qui ? Pour moi ? Pour lui ? Surement pas. Il ne le verra pas. Tout est normal, la vie est normale. Erreur ! erreur ! erreur !

Refuser d'être esclave de la vie, de ma vie. Je n'ai pas signé pour çà. Je n'ai pas signé pour avoir une ribambelle d'enfants. Ouf ! de ce côté-là… encore que, il y aurait tant à dire. Bref ! passons.

Prise dans mes contradictions, dans mes paradoxes et dans mes angoisses, je passe à côté de moments, d'instants précieux. Les regrets me rongent, mais alors il est trop tard. J'essaie de repartir dans ce que la philo m'enseigne, mais parfois je dérape. Je ne retrouve plus mon centre. Je ne suis qu'un être "très" humain.

Certaines choses se taisent. Les grandes douleurs sont muettes «dit-on !»  moi j'aime parler, exprimer mes colères, mes sentiments, mes doutes, mes joies parfois.

Les pommes sont sorties. Des petites pommes mal calibrées qui me rassurent. Je sais ce que je voudrais en faire. Question : vais-je le faire ? vais-je lui faire ce plaisir ?

Je descends. Je croyais la lessive achevée. Erreur, il aurait fallu que j'appuie sur le bouton. Mes oublis me pèsent aussi, autant le dire.

Ranger le lave-vaisselle. Ranger les achats. Et pourquoi ? D'aucuns pourraient penser qu'il s'agit de paresse. Que nenni ! il y a longtemps que mon âme est partie dans une autre dimension… j'accomplis ces gestes, comme tout un chacun, mais je sais qu'il y a autre chose. Déjà petite, je l'avais compris, mais comment se faire comprendre ? Je reviens vers les fous. Le mot n'est pas adapté. Ceci aussi est une autre histoire.

Je fatigue beaucoup. Que sera demain ?

Les journaux m'attendent. Le tramway arrive dans ma commune. Vais je lire l'article ?

Travailler sur le blog de l'atelier. J'ai pris du retard. Je vais essayer quelque chose dans la publication. Pourvu que l'idée soit bonne !  

Vais-je annuler le rendez-vous pris de longue date chez le phlébo ? Yes, I can ! je l’ai fait.

Vais-je annuler le rendez-vous chez l'autre médecin ? Les résultats sont plutôt corrects. Sauf, sauf… je sais que je vais me faire "engueuler". Oui, mais, comment renoncer à ce doux plaisir du soir, à cette couleur rouge qui va me faire tant de bien et tant de mal en même temps.

Boulimique, insatisfaite, gourmande de vie, deux DVD dans deux lecteurs différents. C'est possible. Sauf que je n'arrive pas à me mettre sur ON !

Récupérer le courrier dans la boite à lettres, rentrer la poubelle jaune, aujourd'hui était jour du carton, faire semblant d'aspirer les poils du chien. Ah plus important, faire un câlin à ma boule de poils ! lui donner la gamelle, ne pas oublier le médoc. Banalité du geste quotidien. Rempoter une plante qui souffre. Changer le linge, et tout le reste.

Parfois je voudrais avoir plus de fric, juste pour me dégager de ces soucis, et comme que je sois seule ou à deux, rien ne change, je me dis que seule au moins je n'aurais pas à "rendre de compte". La formule ne va pas. Car je n'ai de compte à rendre à personne. Ou alors il faudrait qu'il y ait une réciprocité. D'ailleurs dans quelques heures, de nouveau, je ne serai plus seule à gérer mes journées.

Mes boutons se calment un peu. Leur nombre s'est stabilisé, moi je me suis arrêté à une soixantaine. Épuisants ces boutons. Le tube de pommade est beaucoup trop petit, il est déjà vide, tant la surface est étendue. Bref ! encore un truc qui me fera des souvenirs. Pour l'instant ils sont une réalité, et me connaissant, pour Noël (ah ne parlons pas de Noël, le prochain cauchemar !) leurs traces rougeâtres seront toujours présentes et disgracieuses. La piscine n'est pas prête de me revoir. Et d'ailleurs, ai-je envie d'y retourner ? Mais ceci est une nouvelle autre histoire… Demain, soit quasi trois semaines après l'incident de la piscine, je vais enfin pouvoir récupérer mon Smartphone. Je vais l'appeler doudou, tant il sera doux à mon oreille. J'ai mesuré combien il me manquait. Mon doudou à moi ! il attend le feu vert dans sa belle housse couleur citrouille, l'effet Halloween à retardement.

"Je fais mon bélier" oui et non !

Le bélier n'est qu'un prétexte. Ne pas faire tomber le masque. Non, ce n'est pas cela non plus ! pas du tout en vérité. Comment expliquer ? Tellement plus simple et plus compliqué en même temps. Plutôt passer pour lâche, ce qui n'est pas la réalité. Vouloir et ne pas pouvoir.  

La culpabilité de quoi ? Il n'y a pas de culpabilité. Il y a un fait. Un espace-temps. Un mauvais timing.

Alors, prendre le chien et sortir marcher pour tourner la page.

Comment comprendre qu'il ne s'agit pas d'indifférence, de mépris ?

Le temps est comme il est. Mon temps est comme je peux. Mon incapacité à faire semblant est incompatible avec une vie sociale. J'ai déjà tant de mal à être.

Croire que l'on peut alors qu'on ne le peut pas, que l'effort est surhumain.

Dans quelques heures l'avion va se poser. Je vais le retrouver. Pas assez de temps pour vivre ma liberté, ma solitude. Je ne veux pas sortir de ma tanière, ma caverne est tapissée de tendresse, de mots, de souffles. Moi avec moi, face à face, comme j'aime cela ! Oublier l'extérieur. Le retour dans la matrice, flotter dans l'univers, flotter et flotter encore.

Être à l'heure à l'aéroport. Contrainte ? J'ai lu par hasard mon horoscope… chut !  Faire semblant d'être heureuse. Les souvenirs reviennent. Les départs, les retours, les retrouvailles, les pleurs, les chagrins. Avant, il y a si longtemps. Le bonheur s'est enfui.

Je comprends pourquoi mes cheveux sont si gris.

Le reste attend. Je suis bien ici, là et maintenant avec moi simplement.

Je ne suis ni jalouse, ni haineuse. Juste là… j'ai faim

Faim de tout !

Faim d'amour

Faim de liberté

Faim de bouffe !

FIN !

Ps. Je n'ai pas oublié d'enregistrer. Yeah !!!!

 



 
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