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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

29 août

Publié le 29 Août 2010 par fuzzybabeth in pastilles de vie

25 ans déjà.

Ton père était là. Il allait en oublier l’appareil photo et la caméra tellement il était ému. Il avait été réveillé en pleine nuit. Trouver un taxi, être présent, l’angoisse, le bonheur.

Il était 3h25 du matin, tu as pointé le bout de ton nez. Tu avais des yeux et des cheveux bruns. Tu mesurais 50cm et pesait 2K9. Petite crevette à périmètre crânien trompeur !

Mamie avait du refaire toute ta layette, trop grande pour ton petit poids.

Petite crevette pressée de naître. 3 semaines d’avance.

Je t’attendais depuis si longtemps. Tellement de larmes, de souffrance, d’échecs, de désespoir. J’avais une telle envie de toi, j’ai fait tout ce qui était humainement et médicalement possible. En cours de route une catastrophe avait failli arriver. Mon instinct nous avait sauvé.

Et mon rêve allait devenir réalité. Le matin seulement tu m’avais révélé que tu serais mon fils. J’avais du le pressentir.

Je n’avais que tes prénoms en tête. Pas un seul pour une petite fille. Ton père avait une idée. Je n’aimais pas.

Quel grand mystère. Pourquoi cette préférence inexplicable, viscérale ? Pourquoi ? L’attirance des sexes opposés ? La crainte de l’avenir ? Les grandes écritures peuvent-elles m’aider ?

Si tu avais été une petite fille mon amour aurait été aussi grand. Je n’aurais pas été déçu. Je l’ai dit quand tu es né. Peu m’importait.

Malgré tout, tu ne pouvais être que mon fils. Je ne sais pas pourquoi. Alors ta layette était plutôt dans les bleus ainsi que la décoration de ta chambre. Des petits chiens décoraient, ton panier de toilette, ton couffin, ton tour de lit, un abat-jour, tes rideaux. J’avais tout fait de mes petites mains. Depuis, la machine à coudre est rangée. Le tout terminé la veille de ma dernière visite de contrôle,  mi-août. Je n’étais pas repartie de la maternité ! Hypertension.

La veille je m’étais promenée dans le parc avec ton pépé et ta mamie. Ils étaient si heureux.

Il faisait très chaud. Je pesais une tonne. Et d’un seul coup j’ai senti que tu t’étais mis en position prêt à affronter la grande aventure de la vie.

Comment oublier ces moments si intimes, si bouleversants ! Ils sont rangés dans un petit coin de mon cœur. Aujourd’hui, c’est différent, tu as franchi un quart de siècle. J’ai autorisé mes souvenirs à se réveiller.

Hier soir, tu n’étais pas là et bien que je te fasse entièrement confiance, l’instinct est plus fort que tout, il a fallu que je me lève pour vérifier que tu étais bien rentré.

Depuis le début de l’année tu travailles, un parcours scolaire moyen mais sans faute. Tu as fait les études que tu voulais et n’as eu aucun problème pour te trouver un CDI.

Bravo. Je suis si fière de toi. Tellement heureuse pour toi.

Ta vie personnelle est encore un peu chaotique. Prends ton temps. Tu es à la maison. Profite en.

Le gîte n’est pas si mauvais. Je crois que tu aimes bien notre nouvelle maison. Je sais qu’il faut que tu partes. Tu vas le faire. Mon rêve serait que tu ne partes pas à des milliers de kilomètres. On verra, tu choisiras. Il est vrai que 20 mètres ou 10.000 kilomètres peut ne pas changer grand chose. Chacun son chemin. 

25 ans. Nous venons de le fêter en tête à tête. Ton père a préféré assister à Rock en Seine. Son égoïsme, son inconscience me sidèrent. Je lui ai dit. Rien ne l’ébranle. Je sais que tu étais triste. Tu as beau me dire que tu es habitué. Je sais que tu es meurtri par ce comportement. Toi, un peu maladroit, mais si sensible, tellement agacé par ton père, tu aurais quand même préféré qu’il soit là.

Qu’importe, il aura raté notre déjeuner improvisé ou presque. Un joli plat de pâtes aux œufs de saumon explosant sous la dent et au saumon fumé poêlé dans la crème et parmesan. Tu as aimé. Tu m’as avoué qu’il y a longtemps que tu en avais envie. Je suis heureuse d’avoir visé si juste. Une autre connexion. Et puis, tu as choisi un somptueux Opéra chez le pâtissier. Des petits éclats d’or décoraient le gâteau. Si bon. Tu en as repris, toi qui fais tellement attention à ta nourriture. Il m’a juste manqué une petite coupette de champagne. Nous nous rattraperons. Guillaume arrive bientôt, nous fêterons de nouveau ton anniversaire.

Joyeux anniversaire mon fils. Je t’aime tant.

Tu partages le 29 août avec M. Jackson, les frères Bogdanoff, Colbert, I. Bergman, Ingres.  Pas les plus mauvais.

 

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