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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

20 mois

Publié le 18 Novembre 2011 par fuzzybabeth in pastilles de vie

 

Nous sommes le 29 avril 1987. Nous ne le savons pas encore, mais quelques jours plus tard, ton autre grand-père nous quittera pour un autre monde que l’on espère meilleur, mais comme personne n’en est jamais revenu qu’en dire ? Qu’il nous manque. Lui qui t’a accompagné pendant tes presque deux premières années. Lui, grâce à qui tu as su très vite compter et qui t’a appris les lettres et les mots. Lui qui malgré sa propre souffrance t’a donné tant d’amour et de tendresse.

Je fouille dans les milliers de photos que nous avons faites de toi. Des dizaines d’albums qu’un jour peut-être tu aimeras feuilleter. Tu retrouveras les premières années de ta vie dont tu dis ne pas te souvenir. Au fond de moi, je pense que des bribes survivent. Quoi qu'il en soit elles ont aidé à forger l’homme que tu es devenu.

Je tourne les pages. Et s’il s’agissait d’un manque de pudeur. A-t-on le droit de prendre toutes ces photos dans toutes les positions, toutes les tenues ? Nu dans la baignoire, le cheveu hirsute après le shampooing, le museau maculé de sauce au chocolat. Sur celle-ci tu fais franchement la tête, puis sur l’autre tu souris. Comme c’est étrange, ce petit voyage, comme tu en feras beaucoup dans tes jeunes années, est un condensé de vie.

Cette fois-ci tu as 20 mois, c’est aussi Pâques, alors les cloches sont passées dans le jardin du nonno. L’œuf est si gros que tu as du mal à le porter. Nonno est là, il sourit devant ce petit fils tardif. Il te fait caresser les lapins et t’apporte une poule rousse pour que tu la caresses aussi. La nonna s’active sans doute à la cuisine. Les pâtes ne supportent pas l’à-peu-près. Il faut les surveiller pour ne pas en rater la cuisson. Depuis le matin, elle avait les mains dans la farine à préparer cette merveille que nous allons dans si peu de temps, engloutir en un rien de temps. Même pas le temps de savourer tout l’amour qu’il y a eu dans leur préparation.

Encore aujourd’hui dans les maigres souvenirs de ta petite enfance, tu te souviens des pâtes de ta nonna. Elle est encore de ce monde, mais dans son monde à elle. Et si elle pensait à toi. On ne sait pas ce qui peut se passer dans son cerveau partiellement détruit. Tu y as peut-être une grande place. Tu comptais tant pour elle. Son unique petit enfant, et par chance, un garçon. C’est injuste, mais c’est ainsi. Le respect qu’elle a eu pour moi, je te le dois. Je n’ose pas imaginer si tu avais été une fille ou pire, comme le destin aurait pu nous l’infliger, il n’y avait eu ni toi, ni elle.

À quoi çà tient !

Pour tes 20 mois, te voici les bras chargés de cadeaux. Sans compter la petite enveloppe bien garnie qui accompagne les paquets. Tu auras été gâté à chaque voyage en Italie. Mais pourquoi, n’as-tu jamais reçu une petite carte, un petit mot, un petit cadeau une fois rentrés à la maison. Souvent, je me suis énervée. Je ne comprenais pas. Le cadeau récompense ? Tu viens, tu as un cadeau, tu ne viens pas, tant pis pour toi !!! Des années sont passées, je n’ai toujours pas la réponse. Et je ne savais pas quoi te dire.

Évidemment, nous fêtons tes 20 mois, un gros gâteau que le nonno est allé acheter chez le pâtissier et qui une fois de plus aura donné lieu à une dispute avec la nonna. Ce sont des choux avec une sauce au chocolat. On y plante une bougie. Papa t’aide. Il tient solidement la cuillère. 

C’est vrai les photos sont une part de voyeurisme, mais pourtant que j’aime les regarder.

Nous voici maintenant à la villa d’Alessio. Tu joues avec son fils ton copain italien. Vous parlez chacun à votre façon, jamais vous ne parlerez la même langue, mais vous êtes restés en contact. Lui a une passion pour le Japon, toi pour la Californie. Chacun sa côte, mais un même océan.

Tu as trouvé un grand chapeau mexicain, il te recouvre tout le visage et te protège du soleil brulant. Ton père filme. Qu’est devenu le film ? Volé ? Enfoui dans un placard ? Oublions. Coïncidence, depuis deux jours nous assistons à un grand vent de rangement. Et si le film ressortait comme par hasard. Je souris. Ce hasard serait trop drôle.

 

 

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