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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

Simenon, Fellini et maman

Publié le 7 Juin 2020 par la tortue à plumes in 2020, PO & ZIE, coup de coeur, saga covid19

5h du matin ma première nuit est terminée 
trop tôt pour mettre pied à terre
écouter un podcast
Guillaume Gallienne s'impose
"ça ne peut pas faire de mal"
que choisir ?
"lettre à ma mère" de Georges Simenon
je ne sais pas encore
ce que cette lecture va déclencher en moi…
 
portrait chinois :
une lettre : j'aime la sincérité de l'écriture d'une missive
Simenon  : un de mes premiers émois de lectrice de polars
Belgique  : parce que je l'aime
point d'orgue : Fellini et sa voix
"je vous embrasse en attendant de vous entendre au téléphone" 
Simenon à Fellini
ma mère : une mystérieuse inconnue
 
tout pour un moment rare,
Les mots s'égrènent, je suis dans un miroir
je vacille, je m'accroche aux draps
mais il parle de maman ? !
mais il parle de moi ? !
 
le hasard n'existe pas, c'est tellement vrai
nos non-rapports
à la Alice aux pays des merveilles
ta chambre à l'hôpital… 
les pensées arrivent
comme d'habitude
envahissant mon cerveau en vagues successives.
 
au fil des mots de Georges Simenon, par Guillaume Gallienne,
je rentre dans ma vie,
dans mon rapport houleux avec toi.
Georges Simenon, c'est papa
c'est la joie,
je pourrais décrire papa avec de jolis mots joyeux
toi j'en suis incapable
nous nous sommes croisées
jamais rencontrées
duel de femmes aux egos différents
pas de ma part en tous cas
et de la tienne ?
aux ergots acérés
allais-je écrire !
 
maman le plus doux des mots
le plus lourd aussi
le plus difficile à porter
le plus difficile à  assumer
 
une heure plus tard, un peu dans une brume matinale 
la tête parfaitement en ordre de marche
podcast  terminé
un besoin impérieux me fait me lever ;
écrire, poser les mots qui se bousculent dans ma tête
et qui m'étouffent 
 
sans faire de bruit
pour ne pas les réveiller 
enfiler les pantoufles rouges
récupérer les lunettes
fermer la porte de la chambre
et descendre dans le séjour où mon ordinateur
et mon espace bureau ont élu domicile depuis
le confinement
oui car nous subissons les soubresauts de la pandémie
et les nuits sont beaucoup plus difficiles
plus métronomiques
minuit - cinq heures
sept heures - neuf heures ou dix heures
avec des variantes
les semaines précédentes ont été très difficiles 
quelques séquelles encore
le virus s'est assoupit
va-t'il se réveiller
pour nous emporter ?
un doute omniprésent
le déconfinement a commencé
il pourrait durer des années
vigilance sans modération
 
j'ouvre un volet 
le jour est déjà levé
dimanche a commencé
remarquer que le podcast avait été mis en ligne
le 17 avril dernier
le jour où tu m'avais donné la vie
le hasard n'existe pas
il faut que j'écrive avant d'imploser
il faut que j'écrive avant d'oublier
 
je ne sais pas si je vais être capable d'écrire plus loin que ces quelques mots,
je vais me laisser porter par mon coeur, on verra bien, où il m'emportera...
 
tu étais aussi dans une chambre d'hôpital
tu y as fini ta vie
je n'étais pas là
le téléphone avait sonné
on m'avait dit que c'était la fin
que si je voulais te voir à temps
il fallait que je vienne
ton petit-fils et moi étions venus
le plus vite possible
nous n'étions pas très loin
nous sommes arrivés trop tard
 
non, nous sommes arrivés à l'heure
je crois que l'hôpital m'avait menti
tu étais déjà partie lorsque le téléphone avait sonné
je l'ai compris en entrant dans ta chambre
tu reposais les mains décharnées
posées sur les draps
ta toilette avait été faite
tout était rangé
tout était prêt pour la suite
en fait, ils n'attendaient que nous
pour te descendre au funérarium
 
je n'aime toujours pas cet hôpital
celui de ma ville
où ne nous résidions pas à l'époque
mais qui était celui dont nous dépendions
 
je n'ai pas pu t'embrasser
tant de choses entre nous
tant de distances
de non-dits
d'orgueil mal placé
toi le lion solaire
maître du monde
peut-être simplement pour te protéger
d'une enfance difficile
dans une fratrie multiple
où chacun avait été réparti
dans un jeu de bonneteau
gagnant-perdant
 
je ne sais plus ce que Fellini
faisait dans le podcast
je sais juste que Fellini
est un de mes maîtres
toutes catégories du cinéma
et surtout sa voix
je pourrais passer des heures 
à l'écouter sans me lasser
 
Simenon et Agatha Christie
m'ont embarqués 
à jamais dans le polar
je ne serais jamais arrivée en Islande sans eux.
je me repais encore des Maigret
 
ils font partie de mon ADN 
"Addiction
Délibérément
Nostalgique"
 
Le podcast est terminé
7 heures du matin,
le coq n'a pas chanté
il n'y a pas de coq en ville
le soleil va peut-être se lever
 
je vacille un peu 
le temps de la pendule
n'est pas le mien
deux options 
retourner me coucher
boire un grand bol de thé
pile ou face ?
et si je remettais le podcast depuis le début ?
 
être mère est une profession
sauf qu'il n'y a pas d'école
sauf que chaque élève est unique
et si je n'avais pas été une gentille élève
et si 
et si 
je regorgeais d'amour à donner
je l'ai donné aux animaux
aux fleurs
à la nature
à la vie
à mes deux hommes
quelques ami(e)s
un peu de ma famille
j'ose leur dire 
"je t'aime"
"tu es belle"
"tu es beau
et sourire"
et partager.
 
"je ne regrette rien"
comme ces mots sonnent faux
comme j'aurais aimé que nous soyons complices
comme j'aurais aimé
jamais n'existe pas
mais il est trop tard
dorénavant.
 
et soudain réaliser
qu'aujourd'hui c'est la fête des mères
et que je pense à toi. 
 
et si le hasard existait, je lui dirais un immense merci 
pour m'avoir fait vivre cet instant si bouleversant d'émotions,
de clins d'oeil, de connexions improbables.
📚📚📚📚📚📚📚📚
📚📚📚📚📚📚 résumé : Ma chère maman,Voilà trois ans et demi environ que tu es morte à l’âge de quatre-vingt-onze ans et c’est seulement maintenant que, peut-être, je commence à te connaître. J’ai vécu mon enfance et mon adolescence dans la même maison que toi, avec toi, et quand je t’ai quittée pour gagner Paris, vers l’âge de dix-neuf ans, tu restais encore pour moi une étrangère. D’ailleurs, je ne t’ai jamais appelée maman mais je t’appelais mère, comme je n’appelais pas mon père papa. Pourquoi ? D’où est venu cet usage ? Je l’ignore.
📚📚📚📚📚📚

Biographie de l'auteur

Georges Simenon (1903-1989) est le quatrième auteur francophone le plus traduit dans le monde. Né à Liège, il débute très jeune dans le journalisme et, sous divers pseudonymes, fait ses armes en publiant un nombre incroyable de romans « populaires ». Dès 1931, il crée sous son nom le personnage du commissaire Maigret, devenu mondialement connu, et toujours au premier rang de la mythologie du roman policier. Simenon rencontre immédiatement le succès, et le cinéma s’intéresse dès le début à son œuvre. Ses romans ont été adaptés à travers le monde en plus de 70 films, pour le cinéma, et plus de 350 films de télévision. Il écrivit sous son propre nom 192 romans, dont 75 Maigret, et 117 romans qu’il appelait ses « romans durs », 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages. Insatiable voyageur, il fut élu membre de l’Académie royale de Belgique. 📚📚📚📚📚📚 (Amazon)

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