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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

"vous n'aurez pas ma haine" *

Publié le 24 Mars 2018 par la tortue à plumes in coup de coeur - de gueule, Antoine Leiris, attentats 2015 - Bataclan - Paris, 2018

Vouloir et ne pas pouvoir
oser ou ne pas oser
oublier ou ne pas oublier
 
et puis un jour finalement, "oser" sortir du tiroir l'article écrit après une lecture tardive de cet opus tellement bouleversant.
Etre dans l'empathie en se disant que ce soir là, il y avait une étoile au-dessus de la tête de mon homme et de la mienne par la même occasion.
 
 
Les horribles hasards. Vendredi, alors que je peaufine ce texte, l'horreur s'est invitée dans l'Aude. Encore des morts innocents. Et surtout un immense respect pour le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame qui savait que sa vie ne tiendrait qu'à un fil.
 
Alors, j'ose vraiment crier ma colère. (ce n'est pas mon nombril  que je contemple, ce serait indécent et inapproprié)
=====
 
"vous n'aurez pas ma haine" *

Vous n'aurez pas ma haine.
je viens de refermer le livre, qui se termine par ces mots :
 
"en partant je croise la flaque d'eau. Y saute à cloche-pied. Il rit."
 
Et moi je pleure, ou je pleurerais si je savais encore le faire, une énorme boule au creux de l'estomac.
Jusqu'à ce jour, et de nouveaux attentats, je n'avais pas réussi à le lire.
Savoir qu'il existait me suffisait. J'étais restée accrochée et recroquevillée sur le soulagement, me disant, que j'aurais pu vivre, en inversant les rôles la même douleur, mais que, grâce au destin, chez moi, il était, lui ma moitié, revenu indemne de blessures physiques de ce carnage du 13 novembre au Bataclan.
Comment comparer, les différents stades de l'horreur : les morts, les blessés, les vivants, ce qui en sont ressortis a priori vivants. Mais dont une fêlure est à jamais gravée dans leurs corps et ou dans leur tête ?
 
Ils ne savent d'ailleurs pas pourquoi eux et pas les autres, l'histoire qui se répète toujours la même dans chaque accident, chaque catastrophe.
Pourquoi ? une question à jamais sans réponse,
se reconstruire après, ne pas pardonner, mais comme le dit si bien Antoine Leiris ne pas haïr, cette haine serait un cadeau à leur faire.
 
Et puis il y a eu ce policier, Xavier Jugelé tombé sous deux balles d'un fou, d'un malade, d'un illuminé, sur les Champs Elysées en avril 2017.
J'avais dit : "je ne sais pas à quoi servent les gilets pare-balles", je ne savais pas encore qu'il avait été exécuté de deux balles dans la tête. et qu'effectivement gilet pare-balles ou pas c'était imparable.
Émue, et aussi très bouleversée par ce nouveau drame, s’ajoutant à une liste devenue beaucoup trop longue, et dont malheureusement l'on sait très bien que le temps n'est pas venu d'y inscrire le mot FIN.  
Avoir dans les oreilles les coups entendus et entendus des Kalachnikov dans l'enfer du Bataclan, les rafales et surtout, les coups individuels, ciblés, pour tuer, tuer, tuer.
Non, je n’y étais pas, mais ces coups insupportables me font penser, au tir à la carabine, à la fête foraine, on peut alors en sourire.
Lorsque c’est au Bataclan ou à la terrasse d’un café ou au StadeDeFrance on ne peut plus, car la liberté est en danger et la vie des gens menacée.
Durant l’hommage national de Xavier Jugelé, très émue, par le discours de tolérance, de paix, d’amour de son compagnon, lu avec une dignité qui ne pouvait qu'inspirer un immense respect.
C’est pendant ce discours citant Antoine Leiris que je me suis souvenue de son livre, c'était devenue une évidence de l'acheter.
 
Inutile de dire qu'aussitôt j'ai été prise par ce récit et que j'ai eu besoin d'écrire, à mon niveau, mes pensées et d'ouvrir les yeux sur ce qui s’était passé ce 13 novembre et qui pourrait m'être également bénéfique.
Le livre est encore empreint de la transpiration de mes mains, et des marques des crocs d'une petite chienne insolente qui à l'arrivée du colis avait décidé d'y laisser un empreinte indélébile.
Maintenant que le livre est refermé je comprends pourquoi, j'étais dans un état second en quittant sa lecture.  A la quinzième page j’ai du m’arrêter pour reprendre mon souffle j’étais en apnée je ne m’en étais même pas rendue compte.
puis j'en ai repris la lecture, non stop, jusqu’au dernier mot.
Les mots ont un sens et quel sens.
Ils ont du déjà faire un grand chemin depuis. Le temps passe si vite.
Melvil doit aller à l’école, à la petite école comme on disait et son papa retrouver un peu de calme dans sa vie.
On ne peut pas ne pas être dans l’empathie sauf à être des monstres comme le sont ces terroristes fanatisés et sanguinaires dénués de toute humanité, enfin notre humanité.
Je croyais que le temps effaçait les souvenirs, une nouvelle fois, je m’aperçois qu’il n’en est rien et qu’ils sont près à rejaillir à n’importe quel moment.
 
Dire que j’ai aimé ce récit serait un euphémisme mais ce livre n’est pas un roman, donc on ne peut pas l’aimer comme tel,
on ne peut que le ressentir, le vivre,
on ne peut que s’en imprégner en cherchant un angle acceptable qui nous aide à continuer et à se dire que la vie est plus forte que tout.
Qu'il soit remercié, pour ce magnifique hommage d’amour, et cette force, cet instinct de survie, cette tolérance dont il a fait preuve.
Quant à moi je retiendrai, en plus, son écriture fluide, généreuse, précise dans les petits riens, à l'instar d'un Christian Bobin.
Les petits riens sont parfois tellement importants !
 
"une rafale de mitraillette a dispersé notre puzzle"
Avril 2017
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* Antoine Leiris (Fayard)
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