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Publié par la tortue à plumes




Tu es déjà une étoile au firmament, une belle et douce étoile souriante et joyeuse, rose bien sûr comme une petite fille, je vois la baguette magique que tu agites pour dire à ta maman, ton papa, ta grande soeur et ta famille que tu les vois, que tu les protèges, que tu les aimes au-delà des nuages, au-delà de l’impensable, de l’inadmissible, du destin si cruel.

Je ne te connais pas, je ne te connaitrai jamais, enfin pas la petite fille de la terre, mais je sais maintenant que tu es là-haut ou ailleurs, quelque part en tout cas, où tu resteras pour toujours au fond de tous les coeurs de ceux qui t’aimaient. 

Tu as rejoint d’autres enfants, partis si tôt, trop tôt, toujours trop tôt lorsqu’il s’agit d’un enfant, je ne connais rien de plus injuste, même si ce mot ne veut rien dire, qu’un papa et une maman privés d’un enfant. Ce n’est pas normal, ce n’est pas dans l’ordre des choses, et pourtant vous êtes si nombreux. J’espère que vous allez bien vous amuser ensemble. 

J’ai l’impression depuis quelques mois de n’être entourée que de ces vilaines nouvelles. La semaine dernière une amie disait adieu à sa grande fille et d’autres encore. Je connais la douleur qui ravage les parents, inextinguible, lancinante, permanente, même si la foi, pour ceux qui ont une foi, quelle qu’elle soit peuvent trouver l'espérance dans ce fameux au-delà, et l’accueil d’un dieu bienveillant pour veiller sur son enfant. 

Tu sais Manon, on peut aussi lui en vouloir à ce Dieu, quelque soit le nom qu’on lui donne, ou à ce non-dieu, ou à la vie simplement de t’avoir enlevée toi petit être vivant, chair de la chair. 

On sait que les enfants dans les pays "sous-développés” ont plus de risques de mortalité infantile. Mais toi, en France, pourquoi, juste après ta naissance si belle, un virus est-il venu t’attaquer et te priver de certaines des facultés que l’on dit essentielles à la vie ? Pourquoi ? l’ éternelle question sans réponse à jamais.

Tu sais Manon. J’ai eu, mon grand garçon au téléphone ce matin, il venait de recevoir un message de ton papa lui annonçant le pire. Il m’a raconté que lundi soir, il avait (ce passé terrible déjà !) eu la chance de te connaître le temps de quelques heures bien vivante malgré ta grande fatigue. Il m’a dit que tu communiquais par des images, que tu souriais. Il me racontait parfois des petites bribes discrètes de ta vie de petite fille née avec toutes les chances d’avoir une belle vie de joie, de bonheur avec ta famille aimante.

Tes parents ont été admirables, je sais que ton papa prenait du temps pour être à tes côtés. J’étais, en silence, bouleversée sans oser le montrer. Je pensais à ce que serait ta vie de petite fille en souffrance. Tu étais forte, cela n’a pas suffi. Que te dire de plus ? Tu sais Manon, tu as été très courageuse.

Les mots ne servent à rien ou peut-être qu’ils sont un peu utiles : 
l’espoir au milieu de la douleur qui brûle, qui ronge, qui consume.

Tu sais Manon, je crois que j’oserai écrire que tes parents, que je ne connais pas non plus,  auront eu le bonheur de partager ta vie avec intensité, et plus encore, de partager avec toi, de communiquer, de te faire des câlins, des bisous, même si parfois ils devaient être tellement tristes et désemparés, l'amour est plus fort que tout, même dans les moments de doute ou de découragement, mais tu étais là et c'était l'essentiel.

La maison est vide de ton absence, mais n’oublie pas de leur dire que tu es là-haut avec ta baguette de petit ange-fée et que tu les aimes plus que tout et que s’ils ferment les yeux, ils sentiront encore le battement de ton coeur, la douceur de ta peau si fine, le souffle de ta bouche sur leur cou, tes sourires, le parfum innocent de ton corps, des saveurs de tendresse, de miel, de bonté, de beauté, de fraîcheur et tous les moments que vous avez passés ensemble et la maison sera pleine de souvenirs heureux.

Petite Manon, je t’envoie une couronne de petites fleurs blanches pour habiller ton étoile et des bisous. Ce n’est qu’un au revoir. Tendresses
et mes plus sincères et profondes pensées attristées pour tes parents qui t’aiment tant. Repose en paix petite fille.

ps. Chez moi, désormais tu as une orchidée blanche, elle s’appelle Manon. Avant-hier, elle a rejoint sa famille orchidée, elle n’avait pas encore de nom jusqu’à ce matin… j’aurais aimé qu’elle en porte un autre, mais le destin…et comme on dit que j’ai la main verte, je sais qu’elle refleurira longtemps pour toi.

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JE SUIS DEBOUT AU BORD DE LA PLAGE

(William Blake - 1757-1827)

Je suis debout au bord de la plage.

Un voilier passe dans la brise du matin et part vers l’océan.

Il est la beauté, il est la vie.

Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.

Quelqu’un à côté de moi dit : «Il est parti».

Parti vers où, parti de mon regard, c’est tout.

Son mât est toujours aussi haut, sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.

Sa disparition totale de ma vue est en moi, pas en lui.

Et juste au moment où quelqu’un auprès de moi dit : « Il est parti »,

il y en a d’autres qui, le voyant pointer à l’horizon et venir vers eux,

s’exclament avec joie : « Le voilà ».

C’est ça la mort.

photo personnelle ERC ©tous droits réservés

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