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Publié par la tortue à plumes

 

Ce jour-là, l’hiver écoutait tomber la pluie.

Il entendait les silences interactifs de la nature.

Petite pomme pleurait de ne pas avoir été cueillie,

C’était l’hiver, le silence rentrait en cure.

 

Il rêvait d’un soleil plus brûlant qu’aujourd’hui,

Comme dans la Grand’ Ile Rouge, il y avait longtemps

Où vivait une centenaire, une géante tortue,

La maison sur le dos, âgée d’un siècle de printemps.

 

Bientôt au sanctuaire mi-verger, mi-potager

A la cime d’un arbre, mille fois arbre au jardin,

Le retour des beaux jours, les oiseaux allaient porter

Les voix du poème, pour le sacre du printemps.

 

Il faisait encore frais, le ciel était tout de travers

Les branches nues se dressaient comme des archers de violon.

Au galop la diligence tirée par des chevaux verts

Apportait le premier sourire avec les bourgeons.

 

La nature se reposait au jardin d’hiver,

Le printemps y descendait repasser les collerettes,

Habiller les boutons en rose, or, velours vert.

Etaient prêtes jonquilles et p’tites pâquerettes

 

Modeste en sa couleur, discrète en sa demeure,

L’humble violette se cachait sous l’herbe,

Rouge, jaune, lilas, flamboyantes couleurs,

Sonnez mes clochettes de muguets superbes

 

Les quatre éléments concouraient au renouveau,

La neige était froide à l’âme du perce-neige,

Mais il poussait la tête vers le soleil chaud,

L’air l’étreignait d’amour sorti du tapis de neige.

 

La sève montait servir l’atelier du poète,

Ce dernier mariait son âme au poème, dès l’été.

Un couple de libellules, frêles et coquettes

Ne finissait pas de s’épouser, tant il s’aimait

 

L’humeur légère, les arbres chantaient au verger.

Elles sortaient en riant les graines au potager.

Les enfants s’amusaient en tressant des chapeaux de feuille.

Au nouveau-né Printemps, l’hirondelle faisait bon accueil !

 

Mon nom était le Renouveau, au service de la nature,

Celle-ci était le royaume des êtres vivants,

Une cinquième saison pour que les quatre autres respirent,

Car il y avait fort à faire pour accoucher le Printemps.

 

Le vingt- et- un mars, le soleil pointait son nez

S’étirait la nature longtemps endormie.

Jubilait, s’émerveillait, la terre assoiffée.

Empressé, le renouveau printanier fêtait la vie.

 

Faune et flore renaissaient, festives et zen

Harmonieuse et parfaite était la mise en scène,

Cerisiers et pommiers étaient tout en fleurs.

Les yeux se repaissaient d’une symphonie de couleurs.

 

Le paysage était inondé de lumière.

Les thyms et les lauriers ivres de printemps

Exhalaient leurs captivantes senteurs.

Tranquille, la rivière argentée coulait gaîment.

 

Voyons voir, le chef d’œuvre de l’architecte Araignée,

Sa toile brillait de mille feux par la brise bercée.

Le mille-pattes se lamentait, j’ai perdu mes souliers,

Les lacets emmêlés, comment retomber sur mes pieds ?

 

Voici le grand retour des oiseaux migrateurs,

Un concert de piailleries, de jacasseries.

Ils chantaient en duo, en solo, tout en chœur,

Leur bonheur se mesurait avec la cacophonie.

 

Le ciel était bleu, sons et lumière présents,

La douceur de vivre était appréciable,

Le soleil orchestrait le bien-être du moment,

La chaleur était tout à fait agréable.

 

Un été là-bas, à la fois, l’hiver par ici, existaient,

Ce matin, j’étais sous les Tropiques, le soleil disait,

J’ai vu des pervenches, des fleurs de cactus, des azalées

Des amaryllis, des bougainvilliers, des orchidées.

 

A tire d’ailes, les oiseaux tendaient vers l’infini,

A vol d’oiseau toute distance se réduit.

Le retour des beaux jours était l’éternel Printemps,

Le voyage à travers  l’univers et l’espace temps.

 

Le plus incroyable, c’était l’automne de la vie,

De l’enfance à l’adolescence, au troisième âge,

L’Age mûr se racontait avec un brin de poésie,

Une belle arrière-saison, son nouveau paysage.

 

Voici le train de la vie sur le chemin du temps,

Un regard émerveillé et plein d’émotions,

Saisissait les couleurs, peignait la grâce de l’instant.

J’étais arrivé à bonne destination.

 

Ma nouvelle vie était bien une trajectoire,

Avec ce qui l’animait et le désespérait,

Et le travail du temps en était le miroir,

A la lumière des saisons qui l’éclairait.

 

Doux moments, aussi le gros temps, une gâterie,

Des jours bleus, des jours gris, le soleil et la pluie.

Dès mon réveil, je me disais, quelle belle journée !

Je dansais toute seule sur ma musique préférée.

 

Je rêvais d’un jardin couleur espérance,

Le rouge était en fête, chapeaux, lingeries.

Au diable les fossiles, l’intolérance,

Je m’autorisais même d’être au lit jusqu’à midi.

 

Bienvenue chez moi, le cœur n’a pas d’âge,

Aimer les autres, une chaîne d’amour, de partage,

Approprier sa vie, devenir ce que je devais être,

Les yeux bien au fond des choses et des êtres.

 

En moi, mes propres outils forgeaient ma vie,

Une douce saison, un cadre sympathique.

Tout était possible, c’était l’âge d’or de la vie,

Vieillir sans devenir vieux, une chance unique

 

A mon jardin d’hiver, le fruit du temps murissait,

Une saison fertile, goûter toutes les saveurs,

Le temps de poésie, le temps de gratuité,

Et je me parfumais avec toutes les senteurs

 

Un soleil radieux illuminait mon visage,

Visage définitif ciselé par le sourire.

Les jours étaient encore chauds à la plage,

Le reflet du cher visage de mes souvenirs !

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Texte d'Agnès Raveloson

"mention spéciale du 8e concours des Contes du jour et de la nuit - Véronique Sauger"

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publié dans "les petits mots du diable"

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éditions épingle à nourrice

éditions épingle à nourrice

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