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Publié par la tortue à plumes

Je ne le vois pas le hérisson timide qui se met tout en boule
Son petit museau fin frémissant et toujours en alerte
Je ne le vois pas le bébé hérisson qui vient de naitre protégé par sa maman très attentive à son petit.
Je ne le vois pas le hérisson malade, dévasté par les graines de couleur qu'il croyait des douceurs ramassées au gré de ses balades dans les jardins des environs et qui bientôt va le faire mourir. Il se cachera sous un tas de bois, discret, il s'en ira pour toujours. Un autre prédateur n'attendra même pas que son petit corps soit refroidi pour en faire un festin.
Je ne la vois pas la petite musaraigne. Elle est si petite que j'aimerais la prendre dans ma main et la caresser. Une petite boule de chaleur, un cœur mini qui bat, qui s'affole au moindre bruissement de feuille.
 
Une petite boule qui bondit, qui coure, qui se dévoile et qui pfft aussitôt repart se cacher dans ses chères feuilles dans cet humus vierge là intact pour elle pour son confort.
Même s'il fait froid, très froid, qu'il gèle, qu'il est doux de sentir qu'il n'y a pas de danger dans cette coulée verte. Tant de cachettes, tant de labyrinthes, la nourriture comme par miracle, un banquet toujours présent. Elle se rit de Jules le gros chat tricolore, fier, la queue dressée en permanence qui se croit le maitre des lieux. Il ne reste jamais très longtemps.
C'est la forêt de Sherwood ici. Chacun est solidaire. Protégé ce petit paradis, chasser les intrus.
 
La petite musaraigne n'est pas rassurée lorsque les enfants passent en poussant des cris d'orfraie sur leurs machines à roues, un vélo ils appellent çà ! ils se croient les rois du monde. Petite musaraigne a un peu peur, mais elle s'en moque, elle est inaccessible de l'autre coté des potelets. Elle rigole, la chipie, lorsqu'un de ces petits téméraires soudain emporté, cul par-dessus tête, bascule et tombe en pleurant, plus de honte que de mal, le nez dans la terre du sentier.
Je m'appelle Anabelle. Je ne vous l'avais pas encore dit. Moi la petite musaraigne. La cadette de la famille des musaraignes de la coulée verte. Nous vivons ici depuis, des siècles - des siècles, à notre échelle- des mois pour les humains.
 
Nos parents sont actifs, bien que sédentarisés.
Ils aiment bien le soir, après une toilette minutieuse de la moustache au bout de leur longue queue, sortir, lorsque tout est redevenu calme, que les lourdes portes sont fermées pour de longues heures, se hasarder à leur tour dans le grand sentier qui serpente de la Poste à la Gare des Vallées.
Certains n'en reviennent pas. Innocents, ils ne savaient pas que des voitures passaient sans discontinuer, près de la maison du garde-barrière, enfin la jolie maison, avec le grand jardin.
Les plus sages s'y arrêtent. Un petit trou dans le mur, comme un passage secret, et hop les voici dans le jardin. Ici tout est bien ordonné, ce n'est pas le foutoir organisé écolo qu'ils aiment tant de leur coulée verte. Ici tout est strict. Des carrés qui se croisent, pas de fantaisie, pas une feuille morte, pas de liberté.
 
Les petites musaraignes appellent cela la cour de la caserne. D'abord, les soldats poireaux alignés en rangs, pas une tige qui dépasse. Leurs grands panaches verts sur la tête rigides comme passés à la laque les laissent indifférentes. Trop acide. Plus loin, l'allée des chasseurs alpins. Bah oui quoi ! les carottes et leurs plumets légers de petites feuilles un peu en désordre qui se balancent au vent doux de l'été.
Un petit frisson et voici l'armée des musaraignes de la forêt de Sherwood qui attaque le rang de carotte. De leurs petites pattes aux griffes fines, elles commencent à gratter pour dégager la précieuse racine, couleur de soleil couchant.
Alors, posées sur leur petit derrière, tranquillement, sous le regard bienveillant de la lune, elles commencent à grignoter, à grignoter et puis repues de sucre, de bonheur et de fatigue. Pouf ! elles tombent de sommeil, le ventre tout gonflé. Sur place, comme çà. Pas la force de retourner au nid. Alors elles se mettent à rêver de leur prochain festin, des graines envolées de jolies fleurs et qui s'offriront à elles en un tapis multicolore et qu'elles n'auront plus qu'à grignoter avec volupté.
 
Chut, les musaraignes dorment, il ne faut pas les déranger.
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photo ERC© la coulée verte Colombes

photo ERC© la coulée verte Colombes

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