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Publié par la tortue à plumes

Il n'y a aucun mot suffisant devant ce texte et cette photo dont la force sont suffisants à eux seuls. La force et la fragilité. La volonté et l'amour. La souffrance et la joie. La domination et la soumission.

 

Texte de Véronique Sauger
photo de Stéphane Causse
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Véronique et sa contrebasse by Stéphane Causse©tous droits réservés par les auteurs

Véronique et sa contrebasse by Stéphane Causse©tous droits réservés par les auteurs

Musique mon amour, un jour j'ai levé les yeux et je l'ai vue, la mer, sans qu'elle me dise quoi que ce soit. J'aurais pu y penser tout de suite mais ça a pris un peu de temps. Il faut dire que j'aimais bien le bateau qui me menait, comme ça, de port en port, tout autour de la terre. Je pensais que c'était une bonne chose, finalement, et que j'étais vraiment contente. Mais un jour, j'ai eu une pierre dans la gorge, là, comme un adieu, une île des morts, et pendant un moment, je me suis mise à rire du mieux que je pouvais. Cela dit, je savais au fond de moi que la vérité était différente, que la vérité était que ça ne durerait pas, qu'il n'y avait rien à faire, que c'était maintenant que ça devait se finir, la musique mon amour, la musique et moi, c'était terminé. Je devais quitter le bateau et descendre sur la terre. Je suis descendue à plusieurs reprises avec un drôle de sourire sur le visage. Je suis même tombée une fois, j'ai raté une marche. Peut-être avais-je oublié comment on descendait. Je regardai devant moi comme si je cherchais quelque chose.
Je levai les yeux et un oiseau passa. Il fit plusieurs volutes dans l'air. Deux ou trois. Et je remontai. Et puis un autre jour, j'ai à nouveau levé les yeux et j'ai vu la mer comme une éternité. Ce que j'ai vu exactement, je ne peux pas vraiment le dire, c'était moi et ma musique. Je sais maintenant que ce que j'ai vu ce jour-là, je l'ai entendu en réalité. Une musique superbe. Des cloches. Pour que les gens ne soient plus jamais malheureux. C'est tellement difficile, sauver sa peau. Je fermai les yeux. Je jouais je ne sais quelle musique. Le reste, ça ne comptait pas. Puis j'ai cessé de regarder la mer comme ça, j'ai posé mes notes dans mes mains, dans ma tête, et j'ai su que j'allais y aller. Je suis descendue.
De la passerelle, le bateau était magnifique, une sacrée allure. Je me suis arrêtée un moment, je cherchais quelque chose que je n'avais pas encore vu. Bien sûr, j'allais descendre, aller jusqu'au bout. Quatrième marche, cinquième, sixième, septième. Cette passerelle était infinie. C'est à ce moment que j'ai su. J'ai su qu'il n'y avait aucune musique que je ne puisse jouer lorsque je serais en bas. Rien qu'en rythmes, il y en avait des milliers. C'est ce que j'ai appris, d'un coup. Qu’on peut vivre et être infini. Voilà ce qui me plaît. Vivre et revivre, à l'infini. Alors avec un geste invisible, très lent, j'ai fermé la partition. Marche après marche, j'avais imaginé ce geste. Et aussi ne plus jamais être malheureuse. Et je l'ai fait. Les désirs qui déchiraient mon âme, à chaque pas, je les avais apprivoisés et quand je me suis levée, que j'ai balancé ma tête au son de ma musique, je suis arrivée à la jouer dans une seule note. J'ai ensorcelé mon cœur. J'ai désarmé le malheur, le mensonge, l'hypocrisie et j'ai dit adieu à la colère. Je les ai tous vus, mes amis bien-aimés. Ce n'est pas de la folie. Si tu remontes les fragments sur ma route, tu les trouveras tous.
J’ai été musicienne et je ne le serai plus mais je t’aimerai toujours, #musiquemonamour...
Correspondance imaginaire de © Véronique Sauger avec la musique de Rachmaninoff
Tous droits réservés ene/gdm 2015 - Photo S. Causse
 

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VS 02/01/2016 13:59

Merci, Élisabeth, merci.........