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Publié par la tortue à plumes

cauchemar - enchevêtrement 
2h du matin.
enfin la petite chienne se calme et trouve un peu de repos. quatre heures d’une crise ininterrompue. Maintenant on sait que ses jours sont comptés. Ce n’est pas le moment, cramponne-toi, on a besoin de toi, que serait la maison sans ta présence, tes habitudes, tes rites, tes yeux si enjôleurs, ton poil soyeux, l’odeur de ta fourrure du miel, du bonheur.
Enfin je réussis à m’endormir pour quelques heures, le sommeil meilleur, s’est enfui de nouveau.
réveil précoce, six heures du matin, je remets mes écouteurs qui partagent mes nuits. informations le pire continue, je me rendors très lasse un peu rassurée car la petite chienne dort presque paisiblement allongée près de moi. Je sens sa chaleur et le battement trop rapide de son petit coeur usé prématurément.
Neuf heures : je dors enfin profondément, d’un sommeil agité par un cauchemar venu d’un vilain ailleurs. Tout se superpose, s’enchevêtre, un mélange des évènements que je suis en train de vivre,
tableaux d’une exposition
les rues qui ressemblent à celles d’une série télévisée
il y a des petites maisons, des maisons détruites, des maisons glauques.
La lumière est grise, c’est la nuit ou alors le résultat d’un voile de poudre créé par les tirs nourris qui claquent autour de moi.
Ambiance londonienne au siècle de Sherlock Holmes
je rentre dans une boutique, je vois un livre avec des tortues,
je ne sais plus comment le cauchemar a commencé
il y a avait une amie puis elle est partie
on se réfugie dans une boutique, une des rares encore ouverte. Je suis à Bruxelles, je suis à Paris, je suis je ne sais où
je cours comme jamais je n’ai détalé
les métros sont fermés
le premier ministre arrive, il semble être mon amant. scène surréaliste. pourquoi lui ?
il ne représente rien pour moi. Lui a un service de sécurité, les autres se font tirer comme des lapins en rase campagne
Une église, je la contourne, les cloches sonnent. Strasbourg hier ?
mon mari surgit de nulle part, m’entraine, je me sens soulagée
les gens courent partout, les terroristes tirent de tous les coins
je suis rentrée dans l’horreur.
je change de vêtements, j’ai un grand sac à la main,
je, je, je… les balles se taisent. Je me réveille en sursaut. Le téléphone vient de sonner. La réalité du matin me reprend. La petite chienne dort enfin paisiblement. J’aperçois la lumière à travers les persiennes. Mon mari se lève et décroche le téléphone
Transfert ?
une photo couleur avant le massacre. Une mince silhouette noire : lui, il me raconte en pointant d’un couteau, le trajet des tireurs, leur position dans la salle, les portes fermées, la porte qu’il a pu rejoindre pour s’échapper, tous les morts du bar. Les visages de ceux du milieu de la salle qui ont succombé, un ami en gros plan, sain et sauf. Les couleurs sont aveuglantes, les rouges et or de la salle se confondent avec ce qui sera peu de temps après un carnage et des marres de sang et de vies achevées.
Il faut maintenant que j’écrive. Je n’oblige personne à me suivre. Certains parlent, moi j’écris, c’est mieux, peut-être, que ceux qui sont dans la sidération, muets devant l’horreur. Est-ce l’effet d’un long passé qui permet d’ être un peu moins atteints ?
A une autre échelle, le retour des camps me vient en mémoire, eux non plus ne parlaient pas. Ils ne pouvaient pas car personne ne pouvait comprendre, imaginer la moindre miette de ce qu’ils avaient vécu, ils étaient vivants, et aussi les mêmes éternelles questions : pourquoi ?
pourquoi moi, pourquoi eux, pourquoi ça, pourquoi ?
une vie entière à débobiner la pelote des pourquoi
un pourquoi qui n’a pas de réponse.
pendant ce temps, la pendule égrène les heures, le carillon fait entendre les quarts et les heures. Je les entends. Nous sommes vivants, alors qu'importe mon cauchemar, qu’importe la pluie qui tombe
il faut se lever et marcher
ne pas oublier, le temps, de sa grande gomme, effacera petit à petit des parcelles de douleur
des parcelles de visions, malgré tout il en restera toujours quelque chose, en filigrane, inextinguible. A cet instant, je pense à mon grand-père dans les tranchées, lui aussi en est revenu indemne et il a vécu
alors garder l’espoir de lendemains rieurs.
 
je n’avais bu que de l’eau hier soir, ce soir je boirai du vin, et si je vois des éléphants roses au moins je saurai pourquoi ! et puis arrêter de regarder la télé. beaucoup de livres amis m’ attendent. Je vais m’occuper d’eux. Ils ont été patients.
 
pensées pour toutes les victimes, vivantes, blessées et les défunts, ils font partie de nos vies à jamais.
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(Jean-Michel Folon) no comment

(Jean-Michel Folon) no comment