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Publié par la tortue à plumes

(acte 3)
avenue de l'espérance
 
"La ville c'est comme les chaussures il ne faut pas avoir mal aux pieds.
Lorsque j'ai mal aux pieds, toute mon énergie me fuit.
Une ville c'est la même chose, il faut y être à l'aise."
 
 
Le plus important c'est la trace des beaux souvenirs
Oublier les mauvais moments
Aussi nombreux soient-ils
Cinquante ans de sa vie
Laisse de jolis souvenirs
Les jours gris s'estompent un peu
Même s'ils ne s'oublient pas
Née à Paris
C'est écrit sur ma carte d'identité
et mon passeport
Douzième arrondissement
celui de la place de la Nation,
De la guillotine, des colonnes du trône,
la Bastille aussi, un peu plus loin,
la Gare de Lyon et les départs pour les week-ends
ou pour les vacances ensuite
Le bois de Vincennes,
Et le zoo de Vincennes
Et le cimetière de Picpus que l'on voyait de la fenêtre de la cuisine
Mon métro c'était Picpus
Puis Nation
Puis Bel-Air
Le musée "des colonies" c'était écrit sur la façade
La foire du Trône, celle qui fait que je suis née beaucoup plus trop que prévu.
J'y ai vu le fameux et célèbre concert où Johnny Hallyday alors dans toute sa gloire se produisait
Cours de Vincennes et la fusillade de l'affaire Rey-Maupin
Quartier résidentiel disait les agences
J'ai encore le bruit d'une chute effrayante dans les oreilles
Et les mots murmurés
Je n'ai jamais su ce qu'il était advenu
Les photos rappellent ces instants de bonheur
Les malheurs ne font pas des photos
Dans la grande avenue bordée d'arbres
Sur la photo, on ne voit que mon landau,
Maintenant, on ne peut plus se garer
Devant le grand porche chez mes parents
Une fusillade, la camorra ou la maffia
Les réverbères étaient éteints et allumés chaque jour,
Je l'ai vu
La garde républicaine passait devant l'immeuble
J'entendais les sabots de ces si beaux chevaux
Les policiers en pèlerine veillaient sur notre sécurité
Juchés sur leurs vélos
Dans l'avenue, une fonderie crachait des fumées nauséabondes
Le poinçonneur du métro perforait mon ticket
Place de la Nation, il y avait un grand Prisunic
Cours de Vincennes, un des plus grands marchés de Paris
Le tripier s'appelait Monsieur Veau, ça ne s'invente pas
Le crémier venait avec sa voiture à cheval
Un superbe gros percheron
Les poussettes de marché étaient interdites
Le marchand de bananes me donnait les bébés bananes
C'était avant, il n'y a plus de bébés bananes !
On allait au Cercle Bleu acheter les yaourts à l'unité
Le beurre à la motte et le lait dans le bidon en alu
Le soir on lisait France Soir ou le Hérisson
Il y avait des trolleybus
Et des autobus à plateforme
Je vous parle d'un temps que les moins de …
Ne peuvent pas connaître
Monsieur Lemaire était le marchand de vin,
Dans son panier à bouteilles, papa allait chercher le vin à la tireuse
9° disait le gros tonneau
une piquette tout à fait consommable
mes parents étaient les seuls à avoir un "Frigidaire"
d'une jolie couleur jaune.
Nostalgie, j'ai toujours conservé le bac à glaçons avec un levier
Les hivers étaient très rigoureux
Nous habitions au quatrième étage
Sans ascenseur
Sans les WC à l'intérieur,
Sans salle de bain
C'était ainsi, nous étions propres malgré tout
Et très heureux
Le jeudi, jour sans école, avec maman
Nous allions à la Samaritaine
Elle m'achetait des vêtements de la marque "Carabi"
Je portais des cols Claudine en rhodoïd
Et des manchettes à élastique par dessus mon tablier bleu marine
J'étais en uniforme
J'avais honte de mes culottes Petit Bateau à boutons
L'été, quand il faisait chaud
Maman préparait le dîner dans un panier et nous allions
Au Bois de Vincennes près du lac manger assis dans l'herbe
J'ai fait mille fois le tour du lac
C'était beau mon arrondissement à cette époque
Normal c'était mon époque
Je quittais mon quartier pour aller à l'école
J'allais en banlieue,
Je n'aimais pas la banlieue
Pour téléphoner, on allait à la cabine téléphonique
La dame s'embrouillait dans les fils
On attendait qu'on nous appelle
Pour La Trimouille cabine 3
Nous n'avions pas le téléphone à la maison
L'herboristerie vendait des tisanes qui sentaient bon
La campagne et la bonne santé
Elle me donnait toujours de la guimauve
La boutique adjacente faisait les plissés des jupes
Et des boutons recouverts en tissu
Plus loin, la remailleuse réparait les bas de soie.
Le commissariat de police était dans un vieil immeuble délabré
La rue s'appelait : rue du rendez-vous
Il y avait une grande quincaillerie
Il y avait un boucher hippophagique
Il y avait des pâtissiers
et puis l’Église au coin de la rue
C'était mon quartier
C'était ma ville
Et puis un jour je suis partie
La circulation était devenue insupportable
J'étais devenue banlieusarde
On n'échappe pas à son destin
Souvent je retourne à Paris
Pour des courses
Pour une après-midi
J'aime flâner dans les rues
Me faire des petits plaisirs
Dans telle ou telle pâtisserie
Mais mon plaisir est encore plus grand
Lorsque le train gare Saint-Lazare démarre
Et que je vais retrouver le calme de mon nouveau quartier.
 
Paris
Le plus important c'est de t'avoir connue
J'avais juré que jamais je ne te quitterais
Il ne faut jamais dire jamais.
Je n'ai aucun regret.
=====
 

 

photo : http://www.parisrues.com/

photo : http://www.parisrues.com/

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