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Publié par la tortue à plumes

 
Elle est en sueur
Elle est haletante
Elle n'arrive pas à reprendre son souffle
Les jambes douloureuses, elle tremble
Et elle la voit de l'autre côté
La valise rouge
Comment a-t-elle pu ?
Distraction, agacement, il n'est pas encore temps de se poser la question,
reprendre son souffle, revenir à la réalité
Le petit matin, les persiennes mi-closes, le soleil qui se lève, la brise qui essaie de pénétrer, le jour naissant, les ronflements à ses côtés, le souffle doux du petit chien qui dort abandonné dans sa confiance, l'odeur du café qui monte vers ses narines.
Elle ne sait plus où elle est.
Elle ne voit que cette valise rouge.
Elle n'arrive pas à ouvrir les yeux, le rêve a été trop fort, trop violent.
Ces efforts vains l'ont épuisé.
Un quai de gare, long très long, un train qui va bientôt partir
Elle fait de la cuisine sur un autre quai, sa valise près d'elle,
près d'elle ou trop loin sans doute, la valise de tous ses voyages qui contient ses effets personnels, comme il est de bon ton de les appeler.
Elle est heureuse, elle va partir vers… elle ne sait pas, l'aventure va se terminer trop vite.
Les autres, car il y a des autres, sont sur le bon quai, ils sont même, si sa mémoire, ne la trahit pas, déjà montés dans le train.
Le temps passe, il faut les rejoindre, elle pose ce qu'elle était en train de cuisiner.
Ne lui demander pas quoi, elle ne sait plus. Aussi vite qu'elle le peut, elle descend l'escalier, courre, courre, remonte l'escalier, il est là sur le quai, enfin un "il" l'attend, désinvolte, éthéré, pour remonter dans le train. Déjà tous les voyageurs sont installés, l'effervescence est à son comble, le chef de gare, le sifflet à la main, sa casquette blanche bien vissée sur sa tête, est sur le point de donner le départ.
Enfin, elle arrive tremblante et essoufflée, elle s'apprête à monter dans le wagon, dans un dernier instant de lucidité, elle se retourne vers l'autre quai.
Il est vide, aucun train n'est prévu.
Le sifflet a retenti, les siens sont dans le train. C'est alors qu'elle la voit debout éclaboussant de sa couleur rouge tout l'espace : sa valise. Elle s'arrête net. Le train part, trop tard, ils sont partis sans elle.
Elle s'arrête, le cœur affolé, désespérée, il ne lui reste que sa valise rouge sur l'autre quai. Elle va pleurer c'est certain.
Elle ne le saura jamais, elle se retrouve trempée dans son lit, désorientée, perdue, le soleil luit, c'est alors qu'elle sent que les larmes montent.
La valise rouge, celle du couloir qui attend que quelqu'un la range ?
La valise rouge, celle des photos qu'elle regarde en ce moment ?
La valise rouge qui l'accompagne partout… et qui pour le moment ne la mène nulle part. Il lui en faudra du temps pour revenir à la réalité d'un lundi au mois d'août. Le temps s'est arrêté pendant que le train filait vers une destination inconnue.
Se lever prendre une douche pour oublier ce rêve infernal du petit matin et laisser la vie ordinaire reprendre son cours.
Elle se lève. La valise rouge est toujours dans le couloir.
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tableau d'Agnès Guillon : http://agnesguillon.com/index.htm

tableau d'Agnès Guillon : http://agnesguillon.com/index.htm

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