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Publié par la tortue à plumes

La colère m'a reprise. La tristesse aussi.
Déjà l'année dernière avait apporté ses chagrins. Des amis encore jeunes, à l'âge où la vie nous laisse enfin le temps de vivre de nos rêves et de nos passions. Déjà je n'avais pas aimé.
L'année finie, j'espérais, que 2015 serait une année de trêve. Les drames s'étaient enchainés, attentats, massacres, avions… qui bouleversent les certitudes et qui exacerbent les colères, les incompréhensions, les interrogations. Pourquoi ? Question lancinante qui revient sans cesse.
Et puis, ce copilote dérangé qui vient jeter son avion et ses 149 passagers en France, sur une montagne qui ne demandait rien, qu'à laisser la saison emporter la neige et l'hiver. Des passagers innocents. Grosse colère.
Entretemps, il y avait eu des moments heureux, des rires, des soucis et de nouveau, la litanie des disparus qui avait repris. Bernard nous avait quittés. On avait été très touchés. Et puis, le fils d'une amie, une quarantaine d'années et cette foutue maladie que l'on guérit, mais pas toujours. Une nouvelle fois, le malaise. Le sentiment que les choses ne vont pas dans le bon ordre. Et mon beau-père qui frôle les cent ans, à l'hôpital, pour une pneumonie, qui ne se guérit pas, consécutive, au vaccin antigrippe, la bonne blague. Comment aurait-il pu attraper la grippe il ne sort pas de chez lui depuis des mois ? !
Et toujours le monde qui va de travers. Et ce que l'on ne peut plus dire… qui sont des évidences pourtant. Les montagnes russes, les bonnes nouvelles qui succèdent aux mauvaises qui laissent un goût amer. En début de semaine, Jacqueline, que je ne connaissais que par sa gentillesse, son altruisme et par son bras, qu'elle m'offrait à Prague, pour monter ou descendre les escaliers dès que j'avais besoin d'aide. Encore cette maladie. C'était mardi. J'avais ma dose.
 
Eh bien non, ce n'était pas assez. Un mail, ma cousine.
Minuit, je suis au lit, prête à éteindre la lumière pour une tentative de nuit. Un dernier coup d'œil à mon iPhone. Les premiers mots pouvaient me laisser un peu d'espoir. Le temps qui passe et les nouvelles que l'on n'échange pas. Pas le temps, ou demain, ou après demain. Désillusion…Les mots étaient beaux mais la réalité cruelle. J'ai lu et relu.
Le sommeil n'est pas venu.
Mon cousin, lui aussi emporté par cette saloperie. Nous avons encore des oncles et des tantes, tant mieux. Il n'est cependant pas juste que les plus jeunes partent si tôt, alors que l’espérance de vie prétendument s’allonge. Ce n'est pas dans l'ordre des choses. Je n'y peux rien, simple constatation qui me met en colère.
Il m'aura fallu ces quelques jours pour poser des mots. Ils ne viennent que difficilement.
Ce n'est pas normal ! Ce n'est pas normal ! Que dire d’autre ? Une retraite qui venait juste de pointer le début d’une nouvelle vie de liberté. La vie à la campagne, loin de la pollution des villes, au contact des animaux. Ça ne protège pas, la preuve !
Son père, mon oncle, était militaire. Je ne sais plus où Patrick était né en Allemagne, où était-ce Marc, son frère disparu à 12 ans, Marc et ses yeux bleus, qui faisait craquer ses oncles et ses tantes. La première fois que je voyais un homme désespéré qui pleurait son fils. J'avais été bouleversé. Je n'ai jamais oublié. Je n'avais d'ailleurs jamais oublié son dernier anniversaire à l'hôpital. Il avait reçu une canne à pêche en cadeau. Il était aussi blanc que le blanc de ses draps. Sa maladie ? La liste s'allonge. C'était au mois d'août et ses longues journées chaudes. La Benaize à deux enjambées. Nous y étions en vacances avec mes parents.
 
Des petits souvenirs me reviennent. La lettre que j'avais écrite, lorsqu'ils habitaient à Alger, années soixante, juste avant ou pendant les évènements. Une lettre pour la nouvelle année. Mes grands-parents étaient chez nous, événement très rare.
Dans la cuisine, sur la petite table pliante, je cherchais des mots. Que dire, lorsque l'on ne se connaît pas "en vrai" ? Je ne les avais encore jamais rencontrés. Madagascar, l'Allemagne, l'Algérie, il y avait de l'aventure, de la magie dans leur vie. J’étais fascinée. Peut-être que cette vie n’était pas aussi idyllique que ce que j’en rêvais ?
La lettre devait commencer par : "cher Marc, cher Patrick" ou "chers cousins" ceci est tellement dérisoire aujourd'hui.
Un soir de dîner chez ses parents à La Trimouille, le fief de la famille, nous sommes ensemble sur la photo. Le beau cocker noir sur mes genoux. Rocky ? Si je ne me trompe pas.
Et puis, leur mariage. J'ai revu la photo, il me semble qu'il y a des siècles. Combien de vides, s'il fallait gommer les visages des disparus, il y aurait sur la photo ! Beaucoup !
C'est un peu de ma vie qui s'en va avec lui.
La dernière fois que je l'ai vu ?  Il y a déjà quelques années à Journet dans la Vienne.
Une cousinade, la première et la dernière organisée par Louisette et Françoise. C'était joyeux les retrouvailles des cousins, cousines. C'était plus agréable que les obsèques des anciens qui nous réunissaient d'ordinaire.
 
Nous aurions dû nous revoir. Les promesses, la vie, le temps qui passe. Cette cousinade était décidément une très belle idée.
Aujourd'hui, il est trop tard. Je ne le reverrai plus jamais. La famille est une peau de chagrin, petit à petit…
 
Yves, Claude, Dominique, Patrick
Patrick ✝ et Marc ✝,
Louisette, Francis, Gilles.
Françoise, Béatrice et moi : les trois filles uniques.
Nous fûmes douze, puis onze. Nous restons dix.
Ce soir, je suis triste… un goût d'inachevé, un goût de temps perdu…
Trop tard, trop tard…
Impossible de changer le cours du destin…
La Creuse ; on y est au calme, il paraît… alors pourquoi lui ?
Seul le vent connaît la réponse et comme il souffle fort en ce moment, il est passé, il a emporté la réponse avec la cohorte de nuages. Je ne saurai jamais.
Adieu Patrick, dis c'est toi la nouvelle petite étoile qui brille dans le ciel ? 
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photo personnelle ERC/ 1965 ©tous droits réservés

photo personnelle ERC/ 1965 ©tous droits réservés

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