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Publié par la tortue à plumes

Dans un fracas discret
dans une gerbe de fumée
dans une odeur pestilentielle
tu viens de nous quitter.
Ta petite étiquette argentée
"MADE IN BRITAIN"
si… çà a existé
étonnamment pas trop usée par le temps
me raconte ta vie.
Des traces rouges
de souffrances passées
zèbrent ton dos
définitivement au repos
tu n'arpenteras plus les parquets colorés, clairs ou foncés
les carrelages glacés
les escaliers qui te donnaient le vertige.
Tu viens de nous quitter.
Tu t'appelais
Pant'air
un nom sauvage
évoquant la savane
tu étais redoutable
prédateur
tel un anaconda, tu avalais
tout ce qui s'approchait
de ton tuyau flexible
souple, érectile et cruel
avide de proies imprudentes.
Combien de serviettes, de papiers, de jouets, de croquettes du chien, de tubes de rouge à lèvres, de diverses denrées, même d'intrépides bijoux d'or, d'argent ou de pacotille tu entrainais dans tes entrailles ? !
dans des cliquetis insensés
trop souvent
il fallait t'éventrer
pour récupérer les objets engloutis
et parmi la masse compacte et ouateuse d'un gris douteux
extirper avec dégout
tous les petits bouts
même les petites briques de Lego ou les "gouyous" * que tu avalais
d'un seul trait.
Tu étais glouton
tu en as vu des sols
tu en as vu des maisons
capitale, campagne, banlieue
tant de lieux.
Combien de décennies nous as-tu servi ?
d'autres sont venus compléter la collection
aujourd'hui disparus ou encore coopératifs
mais toi tu avais quelque chose de plus
un gros ventre blanc rebondi
un design des années passées.
Je venais il y a quelques jours à peine,
avec difficulté, de te trouver des sacs beiges
pour remplir ton bidon jamais rassasié.
Que vont-ils devenir ?
moisir dans un placard ?
plus tard, on décidera de leur sort.
Tu n'as pas eu le temps de remplir le dernier
brusquement dans un ultime râle
tu viens de nous quitter.
En attendant un avenir
incertain, mais inéluctable
recyclage, destruction,
tu gis dans le jardin
près de la grande poubelle
ton odeur insupportable
emplit encore mes narines
je crois que pour longtemps
elle imprègnera l’atmosphère confinée de la maison en hiver.
Toujours, tu me suivais comme un toutou tes roulettes sautillantes et grinçantes, parfois les quatre fers en l'air au hasard d'un couloir malicieux,
devant : sorte d’ornithorynque ménager avec ton museau de tamanoir terminé en gueule de requin marteau
tu allais d'avant en arrière
dans un ballet
j'allais écrire balai,
mais tu n'aurais pas aimé
très désynchronisé
caressant, maltraitant, avalant, ronflant,
tant qu'un grand coup de pied sur le gros bouton ne t'avait pas fait taire toi et le hurlement de ton moteur qui arrachait mes fragiles tympans.
C’était avant, les décibels étaient généreux.
Parfois pendant des jours,
dans le placard tu étais remisé
tu semblais te blottir dans l'encoignure
du mur pour oublier la peur d'être seul dans le noir et oublier ton inactivité forcée.
Adieu Tornado.
La petite étiquette
est maintenant une relique
dans mon Panthéon
des souvenirs,
car tu le comprends bien
tu faisais partie de ma vie
même si tu me cassais le dos
et que plus souvent qu'à mon tour
je laissais d'autres mains te balader
dans toute la maison.
Je ne peux pas raconter et partager
tout ce que nous avons vécu.
Aujourd'hui tes volutes âcres ont envahi
l'espace et flottent comme un fantôme
comme les souvenirs qui me restent.
Tu viens de nous quitter
tu n'aspires plus à rien
tu n'aspires plus rien
tu ne m'inspires plus rien
clap de fin.
=====
*gouyou : nom donné et connu de lui seul par un petit garcon à ses playmobil !

*gouyou : nom donné et connu de lui seul par un petit garcon à ses playmobil !

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Solagirafe 12/11/2014 20:48

J'adoooore !