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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

désolation

Publié le 9 Juin 2014 par la tortue à plumes in pastilles de vie 2014

Y a-t-il un autre mot qui convient ?
Je ne sais pas
Je serre sa tige dans ma main, j'enfouis mon nez dans les pétales pour cacher les pleurs et les frissons qui me traversent
Intacte, elle est intacte timidement épanouie
rouge de confusion d'avoir échappé à l'épisode inouï
Le cœur au bord des lèvres
Pour une fois, le retour du soleil me déclenche un rictus au lieu d'un sourire béat
 
Hier, tu étais beau,
Je t'avais habité
Je t'admirais
Je me disais que tu n'avais jamais été aussi beau
que l'hiver clément t'avait rendu plus que désirable
Je m'étais penché et avais planté de douces fleurs pour que tu sois encore plus désirable
les genoux douloureux appuyés sur le sol
Je t'avais donné l'eau que la chaleur exigeait
Je n'aurais pas voulu te quitter
et puis…
 
Depuis deux jours dans une bulle de mieux
Je n'avais pas entendu les alertes aux orages
Une amie me l'avait dit, on verra demain en fonction de…
La journée était belle, balade, barbecue, bon temps, bizarre…
trop beau pour être vrai
Tu n'étais pas préparé paré de ta splendeur
C’est alors qu'il me dit :
"Il est arrivé dans le 95 il y a de gros grêlons", d'une oreille distraite, je l'avais écouté
"Il grêle" : me précipiter dehors, rentrer les plus fragiles
"Trop tard", il dit, "tu ne peux plus sortir".
Et la sarabande se met en marche
Toc
Toc toc
Toc toc toc
La peur s'installe
La petite chienne se réveille apeurée, cherche à être rassurée
Agitation
Le skydome va exploser
Les bruits redoublent
Fermer les volets
Les rouvrir pour voir
S'isoler du bruit. Mais où ?
Au sous-sol ?
Sauf que : les grêlons envahissent la buanderie dans un fracas d’enfer, dévalant trois niveaux en pétaradant,
Impuissante et paniquée.
 
Le ciel n'est plus le ciel
Une vraie misère
Le retour en arrière
Noël 1999
Paris, les gaines d'aération des immeubles volent dans l'air tel des petits zeppelins prêts à se fracasser au hasard d'une bourrasque
Une table de jardin se promène entre terre et ciel et retombe lourdement fracassée
L'appartement, huitième étage, les grandes baies vitrées
La déformation commence, il est temps de fermer les volets.
 
Le téléphone sonne. Là-bas la maison a souffert. La voix dit, "le toit est très endommagé, il faut venir"
Acheter des bâches, prendre l'autoroute, toujours le vent et la pluie
Remorques de camions couchées et poussées sur la route
Les routes ? Gymkhanas entre les arbres arrachés. Depuis il n'y a plus d'arbres
Arrivée laborieuse. Heures interminables.
 
Le cyprès centenaire est déraciné
Le cimetière est dévasté
Les défunts sont sens dessus dessous
 
Le cœur serré
Quelques centaines de mètres pour arriver à la maison
Le désespoir, l’angoisse
Les larmes
Le désastre
Un immense épicéa vrillé s'est abattu de l'autre côté de la maison
Nous avons eu de la chance
Il n'y aura que le toit à refaire et, que ???
Depuis j'ai peur
Alors hier j'ai eu très très peur
Les jambes encore flageolantes
Le jardin est en miettes broyé dans la moulinette implacable des grêlons parfois plus gros qu'une balle de golf.
Tu étais beau hier
Je t'avais câliné
J'avais pétri ta terre, caressé les feuilles et les fleurs,
Je t’avais raconté mes petits secrets
Je t'avais admiré
Je t'avais arrosé.
 
Seuls les escargots sont heureux, sortis des entrailles de la Terre
Ils s'approprient les lieux de leur marche nonchalante.
 
Moi, je regarde ce qui fut joli et qui ne le sera plus cette année
Il y a pire je sais.
Et si ce n'était pas fini ?
L'homme est fou, où allons-nous ?
 
La petite chienne est encore inquiète
Et moi j'erre impuissante, incrédule, défaite,
Alors je serre la belle rose rouge et je m'abime dans sa fragilité si robuste.
Il faut se ressaisir et prendre le balai nettoyer et encore nettoyer
Ramasser les pétales, les prunes, les groseilles, les feuilles,
Un véritable inventaire à la Prévert
Il n'y a pas de raton laveur
Il n'y a qu'une tortue laveuse
Et la tortue n'aime pas !
 
L'autre tortue ? La carapace est solide. Il lui en faut plus, elle vient de tellement loin. C'est pour cela que je l'aime. Déjà, les pattes en éventail elle se gorge, nonchalante, de vitamine D.
Le calme est revenu ? Ephémère accalmie…
Mi-temps ?
Pendant ce temps-là les Français marquaient huit buts, et s'ils étaient responsables du désordre du ciel !
Enfin je souris, cette idée me plait bien finalement.
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photos personnelles ERC. Tous droits réservés. ORAGE du 8 juin 2014photos personnelles ERC. Tous droits réservés. ORAGE du 8 juin 2014photos personnelles ERC. Tous droits réservés. ORAGE du 8 juin 2014

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