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La tortue à plumes

chroniques, littérature, écriture, mots, passion, ateliers d'écriture, organisatrice d'évènements à Colombes

vingt-trois

Publié le 11 Novembre 2013 par la tortue à plumes in pastilles de vie

 

Quelques autres flanelles

se dérobent à la semelle

et à mon bras rebelle.

 

les voici, empilés, pas très bien ordonnés.

La symétrie n'est pas mon exercice préféré.

Serrés l'un sur l'autre comme une pyramide de souvenirs fragiles tendres et douloureux.

 

Les couleurs se répondent,

Les couleurs se confondent,

Du blanc au noir,

Du clair, du foncé

Les jaunes, les verts, les marrons, les roses

Comme un bouquet de fleurs se marient, s'épousent,

S'attirent et se repoussent.

 

Qu'en dire ?

On peut ne rien en dire

Ils font partie du quotidien

Le quotidien de la nuit.

 

C'est juste oublier la fraicheur du coton,

C'est juste oublier la douceur du satin,

C'est juste oublier la pureté du lin,

la chaleur de la flanelle, la volupté de la soie.

 

L'amour, le désamour,

Les mots tendres,

Les mots violents,

 

La tendresse,

La tristesse,

 

De l'instant de la vie

Au moment de la fin,

Il est là…

 

Il nettoie le sang de la naissance,

Il enveloppe le corps froid qui git.

 

Le lundi, le dimanche, chaque jour dans ses bras

Le mardi, le samedi, chaque jour dans ses draps

 

Je ne connais quasi rien d'autre qui traverse la vie,

Touche ta peau, t'enveloppe, soigne tes blessures,

T'emporte dans le tourbillon de passions effrénées,

 

Des vies se créent, des vies se taisent.

 

Est-ce pour cela qu'ils sont toujours les laisser pour compte,

ceux qui peuvent attendre

ceux qui ont le temps d'affronter la semelle.

 

Je ne sais

Je sais juste que chacun a une histoire, voire des histoires, à raconter,

Ils ont vu tant de rires,

Ils ont séché tant de larmes,

 

Ils sont le refuge absolu, universel.

Coton, satin, lin, soie,

Ils ne font qu'un avec le corps.

 

Je connais leur histoire.

Les blancs, j'ai déjà raconté…

Ils viennent de là-bas, du pays de l'olive, de la truffe.

Il y en a encore des piles et des piles, dans la grande armoire au bois couleur de miel, enfermés à clé désormais depuis que des intrus se sont servis, sans demander à quiconque le droit de les voler.

Il en reste… ils sont tous blancs, brodés, des jours, des motifs, du fait main comme avant.

Des toiles fines, des toiles fières, pas comme celles qui viennent de la Chine d’aujourd’hui.

Lire après lire, c'était avant l'euro, elle remplissait sa cagnotte pour constituer sa dot.

Nous avions quitté le coton, pour des matières plus souples "no iron" comme écrit sur l'étiquette.

Jamais elle n'avait demandé, si la taille était bonne.

Elle croyait tout savoir dans la certitude des gens ignorants.

La taille n'était pas la bonne…

J'avais essayé... j'ai du abandonner.

 

À chaque voyage, il fallait prévoir de remercier, de féliciter pour le choix, de prendre une valise plus grande que nécessaire pour y mettre une paire ou plus, toujours accompagnés de l'odeur de naphtaline qui ne les quittait pas.

Combien j'ai pesté. Je me suis apaisée.

Les draps blancs me servent parfois.

Ils m'encombrent, ils m'émeuvent aussi quelque part.

 

Vingt-trois…

C'était hier, l'automne humide et glacial me tenait compagnie.

C'était hier… il y avait des semaines, qu'empilés sur une vieille chaise,

en vrac, mal pliés, froissés, blessés par le tambour de la machine, qu'ils attendaient.

Vingt-trois, et ce n'est pas fini.

Il y en a de toutes les tailles pour tous les lits. C'est bizarre, j'ai parfois l'impression que ma famille est grande… et pourtant…

Les lits, les matelas, les sommiers que de discussions !

Le futon : essayé et abandonné.

 

Le lit où nous passons tant de temps

à dormir, rêver, lire,

à attendre que la fièvre tombe,

que la maladie passe,

que les douleurs s'effacent,

attendre que le sommeil vienne,

attendre le jour se lever,

et tant d'autres choses, selon son âge !

attendre le sourire et le parfum de maman dans son petit âge

attendre son amour, en les froissant de rage

faire l'amour et en redemander.

ne plus faire l'amour et ne rien demander.

 

Vingt-trois c'est beaucoup, il fallait les compter, c'est un TOC,

comme pour les marches d'escalier,

comme les grains de la grappe de raisin.

Vingt-trois, il était temps, pas que l'armoire soit vide,

Elle aurait aussi pu être vide…

Juste cette pile qui ne cessait son ascension

Et qui tournait à l’obsession.

Vingt-trois, il en reste encore quelques-uns,

J'ai laissé du blanc, de la couleur

Du plat, pour toutes sortes de lits.

Ce sera pour plus tard.

 

Pour le clan des vingt-trois,

il est temps qu'ils aillent dans le placard

Jusqu'au prochain changement de quart !

=====

photo ERC

photo ERC

Commenter cet article

la tortue à plumes 11/11/2013 13:12

merci.

Solagirafe 11/11/2013 13:09

Tes mots sont un bonheur à chaque instant de lecture...